Alex Beaupain est en concert jeudi 14 novembre au théâtre de Saint-Dizier. Entretien avec ce représentant singulier de la chanson française, tout en mélancolie et en sensibilité.

Le Journal de la Haute-Marne : Cet album est moins autobiographique que les précé­dents. Est-ce une nouvel­le étape dans votre écriture ?
Alex Beaupain : C’est une intention très affirmée de ma part de dire : Bon, allez, je vais essayer de voir ce que ça donne si je parle de l’état du monde. J’avais cette envie de départ. Formellement, je n’ai pas changé mon écriture, c’est dans les thématiques que j’ai changé.

JHM : On reste tout de même dans votre univers, fait de mélancolie, de désillusion, d’inquiétude…
A. B. : Oui, mais pour une fois, ce n’est pas de ma faute ! Je ne suis pas responsable de l’état du monde ! Et puis la mélancolie, c’est un sentiment qui me réconforte. On ne se sent pas tout seul dans la tristesse quand on écoute un chanteur mélancolique.

JHM : Mais alors, qu’est-ce qui rend Alex Beaupain heureux­ ?
A. B. : Je suis un garçon très joyeux en vérité ! Je fais beaucoup de blagues sur scène ! Je chante des chansons tristes, intenses, mais ce n’est pas la messe pour autant. Moi, je suis très heureux d’écrire des chansons tristes. Chanter, c’est ce que je voulais faire depuis que j’ai 8 ans. Mon travail m’amuse tellement, que ça me rend heureux. Après, écrire sur le bonheur, est-ce que c’est réellement intéressant ? Et puis, je crois qu’il me faudrait beaucoup plus de talent pour écrire sur le bonheur­ avec des gens comme Trenet. C’est peut-être plus difficile à raconter, le bonheur.

JHM : Vous avez écrit pour des supports très différents, le cinéma, ou à partir d’un livre (“Les gens dans l’enveloppe”), est-ce une démarche différente ?
A. B. : Oui. Je suis au service de quelqu’un pour le cinéma, le chef, ce n’est plus moi. Ce que j’aime bien quand je fais des musiques de film, c’est ça : c’est être au service du réalisateur. C’est vachement bien, parce que ça me repose. Et ça me permet de ne pas sombrer dans une espèce de mégalomanie qui menace souvent des gens comme moi. De toute façon, le seul truc que je sais faire, ce sont des chansons. Alors ce que j’aime bien, c’est d’en mettre partout !

JHM : Vous écrivez aussi pour les autres. Comment choisissez-vous les morceaux que vous donnez et ceux que vous gardez pour vos propres albums ?
A. B. : Ce n’est pas comme ça que je fonctionne. C’est décidé dès le départ. Je n’ai pas de fonds de tiroir. Je n’écris pas sur des carnets. Quand je pense que c’est pas bon, je jette. Bon, quelquefois, je me trompe, hein (rires ! ). Quand j’écris pour quelqu’un comme Calogero ou Julien Clerc, j’écris spécifiquement pour eux. J’essaye de me mettre dans leur peau. Parfois, ça passe presque par de l’imitation ! Julien Clerc, par exemple, est très pudique. J’essaye à la fois d’être surprenant pour lui mais aussi d’être dans son style parce qu’il a beaucoup de style !

JHM : Beaupain sur scène, pour ceux qui ne connaissent que les albums, c’est comment­ ?
A. B. : J’ai de très bons musiciens ! Et en l’occurrence, cette fois-ci, j’ai essayé de réarranger le répertoire ancien aux couleurs du nouvel album : sans piano acoustique, par exemple. Je ne me mets pas au piano, je fais le chanteur des années 70, devant. Le concert est un peu surprenant, je crois, un peu comme pour l’album, je me suis dit qu’il fallait évoluer. Ça va peut-être même un peu bouger. On peut même taper dans les mains à un moment !

JHM : Le dernier morceau de votre nouvel album s’appelle “Poussière lente”. Vous y évoquez les grands enjeux environnementaux actuels. Pour vous c’est déjà trop tard ?
A. B. : Ce n’est peut-être pas la fin du monde, c’est peut-être la fin d’un monde. Mais, oui, je pense que c’est trop tard. C’est mon opinion. J’en suis persuadé. La question, c’est plutôt de savoir vers quoi ça va mener. On n’est pas obligé de penser la suite avec pessimisme. Avec cette chanson, j’ai voulu faire une jolie chose à partir de quelque chose de terrible, c’est réconfortant.
Propos recueillis par Frédéric Thore

Alex Beaupain, le 14 novembre à 20 h 30, au théâtre.
 Alex Baupain : « La mélancolie est un sentiment qui me réconforte. » (Photo © Claude Gassian)