Damien Saez sait faire autant de bruit qu’il apprécie de rendre le silence assourdissant. Entendez par là que sa musique, ses textes, ses engagements passent rarement inaperçus. Tout autant que ses longues retraites. Mais une chose est sûre : le garçon ne reste jamais inactif.
Celui qui, il y a quelques mois, n’a pas compté son temps sur scène, enchaînant des concerts de quatre heures minimum dans les grandes salles de France, ne l’a visiblement pas non plus compté depuis ses ultimes prestations au Zenith de Paris.
Ce n’est pas un… mais deux albums qu’il annonce via son site Internet – www.culturecontreculture.fr. C’était prévisible. Il nous avait déjà gratifié de plusieurs triples qui, n’en doutons pas, resteront dans les annales. Le dernier, entre hommages aux victimes des attentats et balades amoureuses – déceptions amoureuses ? -, nous avait déjà jeté la poésie en plein visage.
“#humanité” et “à dieu” sortiront respectivement les 23 novembre et 1er février. On peut, sans vraiment craindre de se tromper, affirmer qu’ils seront des odes à l’humain et, comme il en a l’habitude maintenant, une critique sévère de notre société. Se tromperait-on en subodorant que ces deux albums ne seront pas uniques ? Il l’avait annoncé lors de ses concerts au Bataclan pour son retour : le vivier de morceaux sortis de son esprit torturé permettrait sans doute de faire fredonner la Terre entière pendant des années. L’espoir fait vivre. On prend, en tout cas. Si Saez veut bien nous gratifier de quelques dizaines de pépites pour de longues années encore, impossible de lui dire non. Une seule crainte toutefois, pour ceux qui le suivent depuis des années : “à dieu” sera-t-il tout simplement son dernier message ? Celui qui clôt sciemment une carrière déjà riche ? Il avait, aussi en son temps, évoqué cette possibilité.
En parallèle de sa musique, Saez a pris les rênes d’un combat tout personnel : celui qui le place hors des circuits traditionnels de diffusion. Celui qui remet la culture au centre d’une œuvre. Autrement dit, loin des réseaux sociaux, loin de l’habituel marketing. Pas de ONPC pour Saez. Pour autant, l’artiste a l’intelligence d’utiliser ce qu’il dénonce pour faire passer le message. C’est par son application qu’il encourage – le mot est faible – les internautes à afficher la culture plutôt que les selfies. Qu’il tente de faire comprendre que les Twitter, Facebook et autres supports, utilisés à bon escient, peuvent être gage de qualité. Ambitieux. A voir sur son site Internet, notamment, pour mieux s’imprégner de la démarche.
En attendant, Saez, en bête de travail, peaufine son œuvre. Sans doute, aussi, une tournée qui ne pourra être que surprenante et forte. Rendez-vous en novembre. Puis en février. Puis… ?

Christophe Bonnefoy