Le fils naturel d’Arthur Rimbaud et d’Allain Leprest a croisé un orchestre de jazz déjanté et orphelin. Scénario improbable et pourtant réalisé…

Drôle de bonhomme que ce Loïc Lantoine ! Un personnage qu’on ne peut pas oublier quand on a eu la chance d’être face à lui, sur une des nombreuses scènes qu’il a arpentées. Les fidèles de feu Chants de Gouttière se souviennent probablement de ses passages au Saint-Jean à Chaumont. L’oiseau chantait dernièrement au Moulin de Brainans, dans le Jura. Un endroit improbable et un peu inconfortable où se massent pourtant ceux qui aiment les bonnes musiques et les tireuses à bière au fond de la salle.

Pour faire court sur le pedigree de Loïc Lantoine, il faut citer ses premiers spectacles avec le contrebassiste François PIerron, l’album Badaboum en 2004, dans la mouvance des Têtes Raides, puis A l’attaque, en 2008, où de multiples collaborations ont agrandi une palette déjà bien fournie. Leprest, Jehan, pour qui il écrit, constituent le centre de son univers. Il chante avec Mon côté punk et La Rue Kétanou. Sur scène ou en studio, Loïc Lantoine n’interprète quasiment que ses textes. Il en fait lui-même des reprises, au gré de ses rencontres musicales : duo, quartet, quintet donnent à chaque interprétation une nouvelle couleur… Et cette fois encore, il a fait fort !!!

Rencontre inouïe

Né à Poligny, à deux pas de Brainans, Grégoire Gensse est un pur produit du Jura, comme le Vin Jaune et le Comté. En 2006, il fonde le Very Big Experimental Toubifri Orchestra. Greg touche à tout. Il a écouté Zappa et connaît la musique balinaise, entre autres. Touché par les mots de Loïc Lantoine, il l’invite à rencontrer son orchestre de dix-huit poly-instrumentistes, experts et déglingués : c’est le coup de foudre. Greg, par ailleurs musicien et compositeur attitré du Cirque Plume, se régale dans ce nouvel exercice. Il a le temps d’habiller quelques textes du chanteur diseur du Nord, avant de décéder brutalement en 2016, à l’âge de 29 ans.

Il en aura fallu, de la musique, pour apaiser ce deuil. Le groupe en sortira encore plus fort, boostant sa créativité sur les bases ensemencées par Grégoire Gensse. Chacun des musiciens propose ses compositions et ses arrangements. Le terme de famille parait banal devant cette entente pleine de respect mutuel, de direction répartie, et surtout de professionnalisme. On pourrait penser qu’il en faut pour suivre l’excessif Loïc Lantoine. Peut-être parfois, mais le grand pantin désarticulé qui nous offre ses mots avec tant de cœur respecte parfaitement la règle du groupe. Il en est la tête d’affiche, naturellement, mais il en est avant tout un membre. Que c’est beau ! A la fin du spectacle, truffée de petits plaisirs inattendus, Loïc Lantoine n’est plus qu’un dix-huitième du collectif.

Un album fidèle

Invitez-vous à ce mariage sublime, même si le double-album rend parfaitement compte de la finesse des arrangements et des prises de son pour le studio, comme de la chaleureuse accolade qu’apportent cette musique et les mots du poète Lantoine sur le second CD, un «live» consacré à des chansons plus anciennes et revisitées. Laissons le mot de la fin à min ami Loïc : «Ce que l’on fait là dépasse la musique. C’est très tendre. Entre nous, il y a de la nostalgie, du secret, de l’amour et l’envie d’exploser. Entre nous, un petit foyer brûle et c’est délicieux.»

De notre correspondant Florent Desprez

Double CD «Nous», Loïc Lantoine et le Very Big Experimental Toubifri Orchestra (Irfan), 2017

Le groupe se produira le 28 juillet au Festival de Barjac, en co-plateau avec le Barisien Eric Frasiak.