Anicet Seurre est un amoureux des mots. Guitariste dans différentes formations, il met également des poèmes d’auteurs haut-marnais en musique et les partage sur sa page Facebook. Retour sur son parcours.

L’enfance à NOGENT ?
Je suis un pur Nogentais et fier de l’être. J’ai passé ma toute petite enfance en centre-ville à quelques pas de l’actuelle médiathèque Bernard Dimey qui n’existait pas encore. Scolarité classique : élève moyen plus intéressé par les filles que par les mathématiques. Une attirance toutefois pour la géographie et la pratique musicale avec ma professeure préférée de l’époque Odile Béguinet. J’ai débuté mon apprentissage musical au xylophone et à la flûte comme tous les jeunes de ma génération avant d’opter pour la guitare. C’est facile à trimballer et puis ça plaisait déjà beaucoup aux filles.
J’ai aussi posé mes crampons sur la pelouse synthétique du stade de Nogent au poste d’arrière droit dans les équipes jeunes. J’ai fait le challenge Guérin et les sélections régionales au Creps de Reims. Mais le foot, c’était pour faire plaisir à mon père, Daniel. Mon truc, c’était la musique. Passion que je partage avec ma mère, grande fan d’Higelin.
Nogent, c’était une petite ville de province où il faisait bon vivre avec une MJC très active, des concerts, des cafés. On pouvait facilement rencontrer des potes qui partageaient les mêmes goûts. C’est à Nogent que j’ai monté mon premier groupe avec mes potes du quartier de l’Equitaine : Stéphane Recouvreur, Luis Sanabria, Roger Hernandez. Et Philippe Péchiné que je revois régulièrement. Il a toujours été passionné par le son et en a fait son métier.

Comment t’es venu ce penchant pour la musique ?
La musique c’est d’abord un héritage familial. Je me souviens de mon grand-père Maurice. Il ne manquait jamais une occasion de chanter les vieilles chansons de l’après-guerre lors des repas de famille. C’était un grand type jovial qui avait le sens de la fête. Pour lui, tous les jours c’était la tournée des grands ducs ! Quand je chante mes petites chansons, sur les textes du poète nogentais Bernard Dimey, je pense toujours à lui. C’était un personnage incontournable de Nogent. Un noceur au grand coeur !
Ensuite, il y a ma mère Arlette qui a toujours été très mélomane. J’ai beaucoup écouté Higelin dans mon enfance, Mort Schumann, Graeme Allwright… Avant de passer à Creedence, Neil Young. J’ai toujours eu une passion pour la folk music américaine même si je ne supporte toujours pas la voix de Joan Baez !
La guitare s’est imposée au tout début de l’adolescence. J’ai pris des cours hebdomadaires de guitare classique pendant une année ou deux mais l’enseignement institutionnel ne me convenait pas. Pas plus à l’école qu’ailleurs.
Je me suis efforcé de trouver mon style. Je ne suis pas un super instrumentiste mais je crois avoir un style un peu singulier dans mon approche de l’instrument. J’aime d’ailleurs les guitaristes qui sont « dans la mélodie ». Je ne supporte pas ceux qui veulent jouer quinze notes à la seconde.

Les premiers pas en groupe ?
C’était avec les copains du quartier. On répétait dans le garage de mes parents. La musique, c’était déjà une occasion d’échanger. J’ai toujours eu une relation privilégiée avec les guitaristes que j’ai croisé. Le premier groupe s’est nourri de nos échanges entre Luis Sanabria, guitariste lui aussi très porté sur la folk music, et moi. On avait monté un groupe qui s’appelait « Magdalitt » en référence aux peintres Magritte et Dali. Pour notre premier concert, à l’ancienne salle des fêtes de Nogent, on devait faire la première partie d’un combo de Saint-Dizier qui n’est jamais venu. On a fait le show avec quatre morceaux au répertoire qu’on a joué en boucle durant toute la soirée. A l’époque, j’avais une guitare de marque Zen qui était une imitation de Fender Stratocaster. Elle se désaccordait sans arrêt. Mais on avait le feu sacré !

Et par la suite ?
J’ai fait des passages plus ou moins longs dans diverses formations sans vraiment retrouver l’alchimie des débuts. Et puis, j’ai laissé tomber la guitare quand j’ai intégré l’équipe de la radio RDS à Chaumont dans les années 80. En fait, la musique m’a toujours accompagné. La radio, c’était aussi l’occasion de rester en connexion avec ma passion et de faire partager mes goûts en la matière. Quand la radio a fermé, je me suis remis à la guitare (rire).
Il y a eu ensuite un groupe de potes, Kidam, puis l’aventure Dixwatts avec quelques camarades. Une petite expérience sympa qui a duré quelques années. Quand le groupe s’est arrêté, Yannick François, qui joue avec moi dans le trio Pourliche, m’a proposé de rejoindre Casius Belli. J’ai accepté de faire une pige à leurs côtés car j’ai retrouvé cette alchimie qui me liait à Luis Sanabria à mes débuts. J’écris un texte et Yannick le met en musique. C’est efficace ! Et puis je suis là aussi pour apporter une touche un peu plus rock au groupe qui a enregistré son troisième album l’an dernier à Faverolles. C’était la seconde fois que j’enregistrais là-bas après une aventure collective dont j’étais à l’origine avec mes amis de l’association Bernard Dimey. Un album qui réunissait le meilleur de la scène haut-marnais portée sur la chanson française autour d’une sélection de textes du poète nogentais. Notre ami Eric Frasiak, merveilleux artiste, avait assuré la direction artistique du projet.

Il y a aussi les concerts au profit des Restos du coeur de Haute-Marne ?
En parallèle de Casius Belli, il y a cette formidable aventure des Potes en scène. Une troupe de musiciens et de chanteurs réunie autour de Jean-Paul Thierion, il y a quelques années. Nous sommes une vingtaine sur scène et nous produisons des concerts au profit des Restos du coeur de Haute-Marne. Ceux prévus début avril ont été reportés à l’année prochaine. On devrait pouvoir assurer celui de septembre à Nogent.
C’est une aventure humaine incroyable. On y croise des gens généreux qui se fondent dans le collectif. Et dieu sait qu’au sein d’un groupe, ce n’est pas toujours le cas ! Nous avons monté un show très rafraichissant pour cette quatrième saison. Dans la même veine que la saison passée. Ca sera très grand, cette fois encore. Je les aime tous mes potes des restos.

Bernard Dimey, que représente-t il pour toi ?
C’est par lui que j’ai pris conscience de toute la force de la poésie. De SA poésie. Mettre en musique ses textes, c’est très naturel pour moi. Pourtant, comme beaucoup de Nogentais, j’ai ignoré Dimey. Je n’avais même pas pris la peine de le lire. Ca sentait le truc suranné ! Je l’ai découvert vraiment en couvrant le festival qui porte son nom, puisque j’exerce le métier de journaliste. Comme j’ai toujours aimé les beaux textes, j’ai tout de suite été emballé. Il y a eu l’album Dimey Pluriel avec des artistes du département. Comme cet album était un gros investissement pour l’association Dimey, j’ai sorti ma guitare et j’ai fait le tour des petites salles, des cafés. J’ai même fait la première partie des Hurlements de Léo à Dommarien.
Cette approche de Dimey, ça a été un déclic ! J’ai monté un trio avec Yannick François (de Casius Belli) et Géraldine Salmon (Mam’zelle Suzi). On l’a mis un peu en réserve ces derniers temps mais il me tarde de relancer cette aventure en trio ou en solo car c’est un exercice que j’adore.

Comment as-tu vécu le confinement ?
A la campagne avec femme et enfant… et la nature qui se réveille. Pas une trainée d’avion dans le ciel. J’ai une conscience écologique aussi développée que mon goût pour la poésie. Le concept poétique et musical partagé sur ma page Facebook découle très largement de mon intérêt pour les beaux textes. Avec le confinement, les répétitions et les concerts sont reportés mais j’ai voulu trouver ma petite formule pour envoyer du son et de bonnes ondes aux amis de la toile. Je mets donc des poètes haut-marnais en musique. Bernard Dimey, bien sûr et Philippe Thivet qui a un talent fou également. Arnaud Laumont m’a aussi proposé ses textes. J’ai des choses aussi dans mes tiroirs. C’est sans doute une formule qui survivra au déconfinement.

Tes projets ?
Mon projet du moment, ce serait un album autour des textes de Philippe Thivet avec tout un tas d’invités. Mes camarades des Potes en scène bien sûr et puis des artistes qui me parlent. J’ai toujours été fan des voix. Si je trouve le temps de mener ce projet à son terme, ce sera sans doute un album très vocal.

Propos recueillis par Serge Borne