Le festival Estival Jazz se poursuit jusqu’au 5 août. Parmi les artistes invités, Christian Vander et son quintet se produiront jeudi à Dommartin-le-Franc, avec un répertoire axé sur John Coltrane.
Christian Vander et John Coltrane, deux artistes indissociables. Le batteur et fondateur de Magma, qui réside dans le nord de la Haute-Marne, se produira jeudi soir à Dommartin-le-Franc (près de Wassy) sur le site de Metallurgic Park avec son quintet. Et c’est bien entendu le répertoire du célèbre jazzman américain que la formation proposera au public. Car pour Christian Vander, Coltrane est bien plus qu’un musicien. C’est une révélation et un guide spirituel et musical qui l’aura inspiré depuis le début de sa carrière. Y compris dans la composition des morceaux de son célèbre groupe Magma, fondé en 1969. «Dans le quintet, ce sont tous des fous de Coltrane», explique Christian Vander, installé à la terrasse d’un café joinvillois. «On joue ses morceaux essentiels, à partir de 1961, “My favorite things”, “Transition” ou encore “India” que j’adore.»
Depuis la mort du saxophoniste en 1967, Christian Vander ne lui a jamais trouvé d’héritier. «C’est un phénomène unique, la rencontre de quatre musiciens de génie (McCoy Tyner au piano, Elvin Jones à la batterie, Jimmy Garisson à la contrebasse et bien sûr John Coltrane, Ndlr). (…) Et puis, ils avaient quelque chose à dire, ils racontaient quelque chose. C’est toujours ce que j’ai envie de demander aux musiciens que je rencontre : “qu’est-ce que tu veux raconter ?”.»
Il n’est sans doute pas exagéré de dire que Christian Vander a toujours joué le répertoire de John Coltrane depuis le début de sa carrière. Avec le temps, son interprétation des morceaux du jazzman américain a évolué, son jeu également. «Plus je pratique, et plus je comprends sa musique. Tout a changé quand je me suis rendu compte qu’il ne fallait pas faire la musique mais répondre à son appel. Il faut être dans la matière, vivre l’instant. Et puis, la musique de Coltrane est infinie, on découvre sans cesse quelque chose de nouveau. J’essaie d’approfondir les rythmes et mon positionnement à l’intérieur de la musique.»
Christian Vander est accompagné de Jean-Michel Couchet (saxophone), Eric Prost (sax ténor), Laurent Fickelson (piano) et Thomas Grimonprez (contrebasse).
Fr. T.

Christian Vander et son quintet se produiront jeudi à Dommartin-le-Franc (à côté de Wassy), avec un répertoire qui fera la part belle à John Coltrane.

Un concert hommage
Flashback. 1975. À l’heure où le rock anglo-saxon est roi, le groupe français Magma mené par son batteur Christian Vander continue de faire de la résistance quand arrive un jeune loup à peine sorti du conservatoire, violon­ électrique à la main. Entre Vander et Didier Lockwood, c’est le coup de foudre artistique.

Le Journal de la Haute-Marne : Comment votre rencon­tre s’est-elle déroulée ?
Christian Vander : On cherchait un pianiste à l’époque. Francis Lockwood en était un. Il est venu avec son frère Didier. Didier a pris un chorus­, on a joué et je l’ai tout de suite repéré. Et c’est finalement lui qui a intégré le groupe ! Je lui ai dit : “tu as la technique, tu as le rythme, mais par contre quand tu fais un chorus au bout de cinq minutes ça me barbe ! (rires). Et là, on a commencé à travailler sur les progressions. Et notamment sur le morceau Mekanik zaïn où on s’est inspiré de “Impressions” de John Coltrane. Il a été imbibé par ça. Il est resté en 1975 et en 1976 et ensuite on s’est retrouvé épisodiquement avec le bassiste Jannick Top et le pianiste Benoït Widemann.

JHM : À l’époque, Didier Lockwood jouait déjà du violon­ électrique.
C. V. : On était obligé de lui scotcher les boutons sur l’ampli parce qu’il jouait très fort ! D’ailleurs, je lui avais dit que Coltrane jouait avec un tel engagement sur scène qu’il lui arrivait de faire éclater les vaisseaux sanguins de son visage. Du coup, on avait acheté des poches d’hémoglobine en pharmacie. Il les gardait dans la bouche tout le long du concert, et quand il croquait dedans, le sang coulait de sa bouche ! C’est dommage qu’on n’ait pas d’images de ça ! Les gens étaient pétrifiés dans la salle ! Les filles hurlaient !
JHM : Qu’est-ce que Didier Lockwood a apporté à Magma ?
C. V. : Ce que Didier a donné au groupe c’est son énergie ! C’était quelqu’un de très généreux. Il n’avait pas de limite. Physiquement, il se donnait à fond. Il jouait sans cesse. Il ne se rendait même pas compte que quelques fois, il était au-delà de ce que le corps peut endurer. Et puis son talent, évidemment, et sa façon d’expri­mer les choses. Il fait partir des musiciens qui ont marqué le groupe, c’est certain.

JHM : Des projets en cours pour Magma ?

C. V. : On prépare 2019, qui marquera le cinquantième anniversaire de Magma. Déjà ! On a pas mal de projets. On travaille sur un album que tous ceux qui nous suivent attendent depuis longtemps : Zëss. Jusqu’ici, j’ai toujours dit non parce que le morceau parle du «jour du néant et du chaos absolu». Je m’étais dit que si je l’enregistrais, ce serait le dernier ! J’avais un blocage parce que j’ai encore des idées pour la suite ! Et puis cette année, j’ai dit oui. J’ai trouvé une astuce pour continuer. Ce sera une version plus profonde du morceau que l’on connaît en concert, avec un tempo un peu plus lent. On va sans doute travailler avec l’orchestre philharmonique de Prague. On espère commencer l’enregistrement à la fin de l’année pour une sortie en 2 019.
Propos recueillispar Frédéric Thore

Christian Vander, ici en concert avec le groupe Magma, a bien connu Didier Lockwood à qui le festival Estival Jazz rend hommage dimanche prochain au théâtre. (Photo Fr. T.)

Pour clôturer le festival Estival Jazz, les organisateurs avaient, à l’origine, décidé d’inviter Didier Lockwood à se produire à Saint-Dizier. Mais le destin en a décidé autrement et le violoniste est décédé en février. Le festival propose donc un concert hommage avec ses proches et ses amis. Sur scène, le public retrouvera son frère, le pianiste Francis Lockwood, mais aussi la violoniste Fiona Monbet que Didier Lockwood a accompagné dans ses premières scènes, et les membres de son groupe, le guitariste Adrien Moignard et le contrebassiste Diego Imbert.  Début du concert à 20 h 30, ce dimanche 5 août.