Le Festival Bernard Dimey s’est achevé samedi à Nogent avec Entre deux caisses, Lénine Renaud et Rouge gorge. Retrouver tous les temps forts de cette édition 2014.
Les photos, les vidéos des artistes sur la grande scène et dans la Cave à Bernard avec notamment la présentation d’un projet participatif qui doit réunir des groupes du département autour des textes du poète nogentais.

Samedi : le bouquet final.
Le bonheur, c’est simple comme des moments de partage. Samedi, en clôture du festival Dimey, on a vécu de grands moments de bonheur. Rouge Gorge a investi l’espace bar où le duo a sévi lors des 3e mi-temps qui font aussi la réputation du festival.
Les frères Vauthier (Maxime à l’accordéon et au chant, Jean-Philippe au chant), fil rouge de cette édition, avaient laissé d’excellents souvenirs avec leur groupe Tournée Générale qui avait bouclé en point d’orgue le festival l’an dernier. Ils ont instauré une folle ambiance, une connivence évidente avec un public qui ne demandait qu’à leur emboîter le pas. On a chanté à gorge déployée, on a tapé dans les mains, on a bien ri, on a embarqué pour des contrées poétiques. Subtil à souhait. Nogent dans ces moments-là, c’est toute l’âme de Montmartre concentrée dans un lieu unique. Perret a eu droit de citer, Dimey aussi, bien sûr, avec une version très convaincante de « Quand on n’a rien à dire » et ces vieilles rengaines oubliées que Maxime et Jean-Philippe ont fait revivre pour notre plus grand bonheur.
Sur la grande scène, avant le spectacle de clôture, Yves Amour, président de l’association Dimey, affichait un large sourire. La salle du centre culturel était bien garnie. Beaucoup étaient venus pour Entre deux caisses, groupe vocal inimitable, que l’association cherchait à programmer depuis longtemps.
On avait donc le sourire dans les rangs de l’organisation. Un sourire qui s’est vite communiqué jusqu’aux derniers rangs quand les quatre gaillards ont fait leur apparition. Quelles tronches, Entre deux caisses ! Et surtout, quelle incroyable performance vocale ! Il serait réducteur de comparer la bande à Gilles (Raymond) aux Frères Jacques. Ces gars-là ont une modernité et une extravagance toute personnelle. Du grand art qui a atteint son paroxysme lors de la 3e mi-temps, en toute décontraction.
Auparavant, Lénine Renaud dans un tout autre registre avait bouclé ce festival 2014 de bien belle manière. A la vie, à l’amour…

Karimouche mène l’enquête Vendredi soir, l’association Dimey a osé programmer un genre musical nouveau sur la grande scène du centre sportif et culturel. Strange enquête (un tandem de musiciens enquêteurs) a ouvert le feu des mots, « slamés », « tchatés ». Ces deux gars-là (Manuel Mouret à la contrebasse et Jérôme Pinel au chant) ont un talent fou. Le spectacle, à l’ombre d’un réverbère, est d’une finesse diabolique. Le sens de l’à-propos y est jubilatoire. Le public s’est délecté de leurs pérégrinations dignes du roman noir. Le « Correspondant local tour » a bien fait de s’arrêter à Nogent. Yves Amour, président de l’association Dimey, a su faire preuve de persévérance pour les mettre à l’affiche de cette édition 2014. Un moment rare et trop court. strange
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Karimouche a accosté ensuite de retour d’une résidence avec un fidèle du festival, Lionel Suarez. La belle Carima Amarouche, a pu faire apprécier sa voix puissante après quelques réglages bienvenus du côté de la sonorisation. Le show « à la française » à fini par convaincre les plus sceptique. Carima, c’est un espiègle derviche-tourneur au tempérament volcanique. Elle conte des petites choses de la vie avec une fraîcheur déconcertante. Le P’tit Kawa, le quotidien superficiel, les affres des médias de masse… Ca envoie grave avec une époustouflante beat box. Un vrai régal.
Karimouche

On a levé le voile sur Dimey du 52

Vendredi après-midi, dans la cave à Bernard, l’association Dimey levait le voile sur le projet d’album baptisé Dimey du 52 auquel participe une douzaine d’artistes du département.
Trois d’entre-eux se sont produits dans un échange musical intimiste qui a duré plus d’une heure tant le public de la cave a été réceptif.
Christophe Rémy a tout d’abord offert une belle surprise en livrant un poème écrit quelques jours plus tôt. Accompagné par Anicet à la guitare, il a célébré à sa façon la Cave à Bernard. Les deux hommes ont ensuite interprété quelques morceaux signés Dimey, dont Le grand duc, titre qui figurera également sur l’album dans une interprétation pleine d’énergie du groupe Tournelune.
Anicet a ensuite enchaîné sur Les enfants de Louxor (que devrait interpréter Dorothée Daniel sur l’album) et sur un texte mis en musique par le groupe chaumontais Dixwatts, Quand on n’a rien à dire. Nogentais de cœur, Anicet a puisé dans ses souvenirs d’enfance. L’appartement que ses parents occupaient à quelques dizaines de mètres de l’actuelle médiathèque, le souvenir de son grand père : mon premier chanteur nogentais. Il poussait la rengaine lors des repas de famille, dans les cafés qu’il fréquentait avec assiduité.
Yannick et Emilie du groupe Casius Belli ont ensuite interprété Le Français, morceau qui lui aussi doit figurer sur l’album Dimey du 52. Les deux musiciens ont enchaîné quelques morceaux avant de céder la place à Christophe Rémy et ses mot’ziciens (Babaz et Mathilde). Dimey était encore et toujours à l’honneur avec Roi de rien et La colère dans une version instrumentale allégée par rapport à celle qui devrait figurer sur le cd. Christophe a ensuite interprété Les gens pour la plus grande joie du public qui a été invité à se joindre au collectif pour une version chorale d’un poème du Québécois Raymond Lévesque, Quand les hommes vivront d’amour avec dans les chœurs des amis du festival Dimey venus de Saint-Pierre et Miquelon.

L’association Dimey lance une souscription pour l’album Dimey du 52. Vous pouvez être partie prenante de ce projet participatif. Vous pouvez envoyer un chèque de 15 E à l’ordre de l’association Bernard Dimey, BP 37, 52 800 Nogent. Laissez vos nom, adressse, téléphone et courriel. Un accusé de réception sera envoyé et votre chèque débité à l’envoi de l’album dont la sortie est prévue au printemps 2015.

L’histoire d’une Photographie avec Chantal Bou-Hanna

JeudiLapalud

Explosives approches. Jeudi soir, la salle de spectacle du centre sportif et culturel de Nogent était en émoi. Deux univers artistiques aux antipodes l’un de l’autre se sont succédé.
Hervé Lapalud aime les voyages. Il a embarqué le public nogentais dans un savoureux périple durant lequel l’émotion, l’humour et le bon goût vont de pair. Avec le Bourguignon globe-trotter, pas de temps mort mais un sens inné du partage. Le facteur de chansons avait déjà mis les scolaires dans sa poche mardi soir. Un public bien plus bruyant s’est amusé l’artiste qui a livré un spectacle à dérider les plus blasés. Et le jeune homme n’a pas son pareil pour faire monter l’ambiance, épaulé par une poignée de fans de la première heure qui avaient fait le chemin depuis Cirfontaines-en-Azois.
Seul sur scène, Lapalud s’éclate dans un tour de chant millimétré durant lequel il s’accompagne d’instruments ramenés de ses séjours en terre africaine, à Madagascar… On rit beaucoup, on est souvent ému. La magie opère totalement et le temps passe bien vite. Sa version de Syracuse fut un point d’orgue à l’instar du texte qu’il a écrit dans cette contrée sans wifi. Lapalud a payé sa dime à Dimey. O combien !

https://www.youtube.com/watch?feature=player_detailpage&v=mCLPU9HHCNY
Avec Rue de la muette, on est dans un autre monde. Plus sombre, plus rocailleux. Un barnum improbable coiffé par la voix profonde de Patrick Ochs. La formule trio (avec un époustouflant accordéoniste) lui va comme un gant à ce Monsieur loyal qui sautille dans tous les sens tel un zébulon désarticulé. Et quand Ochs osé Bashung dans une version habitée de La nuit je mens, on se dit que cet homme là a bien du talent.

Mercredi

C’est bien parti Le centre sportif et culturel Robert Henry à Nogent vibrera encore jusqu’à samedi soir, de mille voix. Des rauques. Des limpides qui se succèderont sur le devant de la scène. Mais aussi celles d’une chorale improvisée, composée d’amoureux de la chanson française. Ceux qui aiment à échanger impressions et autres anecdotes, bien installés dans les confortables fauteuils de la grande salle ou dans un hall d’accueil aux mille trésors.
L’édition 2014 du festival Dimey a débuté de la plus belle des manières hier soir (mercredi, Ndlr) avec deux voix féminines. Deux personnalités. Alexandra Jamet, figure de proue du Jazz à bretelles, s’est lancée à l’assaut du public (copieux) rassemblé pour cette soirée d’ouverture. Avec son groupe, la Chaumontaise a revisité à sa sauce les plus grands standards de la chanson française. On passe allègrement de la bicyclette de Paulette et Montand au port d’Amsterdam qu’a immortalisé le grand Jacques. Les musiciens expérimentés qui accompagnent Alexandra jouent juste avec une mention spéciale aux deux colosses (Philippe Chodet à l’accordéon et Patrick Grimaud aux percussions). Ils donnent à cet ensemble jazzy à souhait quelques nuances puisées dans les profondeurs de la « French touch » de l’entre-deux-guerres. Les percussions apportent une touche de modernité qui place Alexandra, l’étoile chantante, sur orbite. La dame a scotché son monde par la puissance brute de son timbre rauque et par la sensibilité qui émane de son intègre personnalité artistique. Un grand bonheur qui atteint son apogée dans ses interprétations de Piaf. La môme Jamet a tout déchiré sur son passage. Avec Claire Taïb, on est dans un autre registre. On sent que la jeune artiste cherche encore un peu ses marques sur la grande scène de Nogent. La fragilité est palpable jusqu’aux premiers mots échangés avec le public. Et puis, la belle mécanique se met en branle. Viviane Arnoux, la fille de Terre-Natale, à l’accordéon et François Michaud, excellent violoniste, entraînent le reste de la troupe dans leur sillage pour atteindre une étoile qu’on pensait à tort inaccessible. Elle reflète sa céleste lumière sur la gueule à Nanard, ou du moins son portrait figé pour la postérité sur le côté de la scène. Dimey semble aux anges. Il est si rare d’entendre ses petits bijoux de textes (« Quarante ans ») interprétés avec cette fraîcheur jubilatoire. Avec Claire Taïb et ses faux accents à la Nicole Croisille, Dimey s’est trouvé une jeune muse toute dévouée à sa cause. A.S

Un hall aux mille trésors

C’est le point névralgique du festival. Celui par lequel on transite forcément entre deux concerts. Le hall d’accueil du centre culturel livre bien des trésors cette année. La médiathèque a déplacé ses meilleures planches pour rappeler le parcours de l’enfant du pays. Une exposition de photographies d’artistes pris sur scène, dans le feu de l’action, est visible à deux pas de là. Philippe Savouret et Hervé Le Graët, qui ont cosigné un ouvrage sur le parcours de Bernard Dimey à Montmartre, font figure d’attraction et dédicacent leur ouvrage à tour de bras sur le stand du Pythagore, leur éditeur. Un espace à ne pas manquer avec des ouvrages très rares pour certains. Tous les amoureux de la chanson française s’y retrouveront. A quelques pas, les couteliers sont aussi représentés avec leurs vedettes faites de nacre et d’acier trempé. Le Nogentais a ouvert la voie. Le Bassignot porte à son tour le savoir-faire des hommes d’ici. Comme Dimey, dans un autre registre. Il y a des évidences…

Alexandra Jamet très convaincante avec son Jazz à Bretelles.
Alexandra Jamet très convaincante avec son Jazz à Bretelles.

Claire Taïb : Dimey dans la peau.
Claire Taïb : Dimey dans la peau.
Viviane Arnoux, l'accordéoniste de Terre-Natale, accompagne Claire Taïb.
Viviane Arnoux, l’accordéoniste de Terre-Natale, accompagne Claire Taïb.
Les couteliers du bassin nogentais son présents sur le festival.
Les couteliers du bassin nogentais son présents sur le festival.

Monsieur Chodet, colosse du Jazz à bretelles.
Monsieur Chodet, colosse du Jazz à bretelles.
Le coin du Pythagore recèle de trésors.
Le coin du Pythagore recèle de trésors.

L’avant festival 2014
Le festival Bernard Dimey a lieu à Nogent du 7 au 10 mai. Une nouvelle édition placée, cette année encore, sous le signe de la jeunesse et des découvertes.
Tous les amoureux de la chanson à textes ont rendez-vous du 7 au 10 mai à Nogent pour la 14e édition du festival Bernard Dimey. L’association éponyme a mis sur pied une programmation de qualité qui regroupe une majorité d’artistes français en devenir et quelques valeurs sûres, certes peu médiatisées, mais qui ont déjà séduit un public de connaisseurs. On n’est pas là dans une démarche élitiste, le festival Dimey cultive des valeurs populaires sans toutefois verser dans la médiocrité. C’est sa marque de fabrique. Du made in Nogent !
Dimey, c’est Claire
Cette année encore, le festival s’ouvrira sur la prestation d’une artiste du département. Alexandra Jamet (lire ci-dessous) et son jazz à bretelles sont attendus mercredi soir sur la grande scène du centre culturel pour lancer ces quatre jours de fête autour de la chanson française.
Claire Taïb (lire ci-dessous) lui succédera dans un tour de chant consacré à… Dimey. La jeune artiste parisienne sera accompagnée de ses musiciens dont le duo MAM que les haut-marnais connaissent bien. L’accordéoniste Viviane Arnoux, qui a des attaches à Varennes-sur-Amance, et François Michaud au violon, viennent de boucler une tournée en Haute-Marne sous l’égide de la médiathèque départementale. Le spectacle de Claire Taïb est une vraie première. On a trop souvent tendance à croire que les artistes qui se produisent durant le festival viennent pour y faire vivre le répertoire de Dimey. Les desseins des organisateurs sont beaucoup plus ouverts même si, généralement, chaque artiste se plie, de bonne grâce, à une immuable règne : revisiter un texte de Dimey durant son tour de chant. Pour le reste, les univers sont extra larges comme tend à prouver la programmation très panachée.
Pour l’amour des textes
De Karimouche à Lénine Renaud en passant par Entre deux caisses (lire ci-dessous) ou encore Strange Enquête, l’opposition de styles est totale. Le seul réel dénominateur commun, c’est la qualité des textes.
On notera également les actions renouvelées en direction des scolaires du bassin nogentais. Hervé Lapalud est intervenu en étroite liaison avec Arts Vivants 52 pour des ateliers d’écriture. Le jeune public pourra se délecter du résultat au centre culturel mardi. Lapalud remettra le couvert jeudi en première partie de Rue de la Muette et ses airs de java-rock. Un rendez-vous dont on se délecte à l’avance à l’instar du fil rouge de cette 14e édition. Les deux frères Rotier du groupe Tournée Générale s’y colleront avec leur gouaille et leur sens du partage. «C’était une des belles rencontres de l’an dernier. On est très heureux de les voir à nouveau cette année», assure Yves Amour, le président de l’association Dimey qui mobilisera tous ses bénévoles, les services techniques de la Ville de Nogent, quatre jours durant. Pour que la fête soit totale.
Técina
chouf

Claire Taïb :
«Les textes de Dimey sont des merveilles»

Claire Taïb avait 7 ans lorsqu’elle a découvert les textes de Bernard Dimey, grâce à son père. Elle se produira dans un spectacle centré sur le poète nogentais jeudi soir au centre culturel. Rencontre avec une jeune artiste qui promet.

JHM : Claire Taïb, qui êtes-vous ?
Claire Taïb : Je suis chanteuse (auteur-compositeur). J’ai 29 ans.

JHM : On a le sentiment que votre parcours artistique est le fruit de rencontres dans des styles musicaux très variés.
CT : En effet, je chante du jazz, de la pop, de la bossa-nova, de la soul… et surtout de la chanson française. C’est bien sûr au gré de rencontres avec des musiciens de styles très différents, que j’ai eu la chance de pouvoir m’essayer à toutes ces musiques. Avec Alexis Didier (Mr Al), nous avions un duo dans lequel des morceaux de Nirvana, AC/DC ou Queen étaient complètement réarrangés. J’ai fait des concerts avec le guitariste Serge Merlaud, en duo et en quartet, sur un répertoire de standards de jazz. La musique brésilienne a également beaucoup d’importance dans mon parcours. J’ai beaucoup appris auprès du guitariste Renato Velasco et je travaille actuellement avec le percussionniste et compositeur Wander Pio, qui fait partie du groupe Orchestra Do Fuba.
J’ai eu la chance incroyable de démarrer ma carrière avec le pianiste Giovanni Mirabassi, musicien accompli et plus que talentueux. Rencontre décisive ! Nous avions monté un répertoire de chanson française dont il a composé les musiques et dont Philippe Thivet, excellent parolier, très influencé par Bernard Dimey lui aussi, a écrit les textes. Nous avons joué ce répertoire au Baiser salé, à l’espace Jemmapes, etc.

JHM : Qu’est-ce qui vous a décidé à monter un spectacle autour de Bernard Dimey ?
CT : A l’âge de 7 ans, mon père (Jean-Jacques Taïb) me faisait écouter l’album Aznavour chante Dimey, et je me souviens l’avoir vu lire assidûment les recueils de ses poèmes. J’ai une nouvelle fois entendu parler de Bernard Dimey lorsque j’ai rencontré Giovanni Mirabassi, grand fan lui aussi. J’ai lu à mon tour les recueils Sable et cendre, Je ne dirai pas tout, Le milieu de la nuit, Kermesses d’antan, ainsi que la biographie La blessure de l’ogre écrite par Yvette Cathiard (sa dernière compagne, Ndlr). Le personnage m’a profondément émue et fascinée. Ses textes sont des merveilles et parlent à tout le monde. Je m’identifie parfaitement aux émotions qui en émanent, mais ce qui est magique, c’est que tous ceux qui le lisent ou qui l’écoutent ressentent ça. Ses textes sont universels.

JHM : Le spectacle tourne depuis un petit moment. Quel accueil le public lui réserve-t-il ?
CT : Nous avons joué au Sentier des Halles (nous y rejouerons d’ailleurs le 10 mai) et au Sunset/Sunside à Paris. L’accueil est formidable, parce que déjà le public vient nombreux, et l’émotion dans la salle est palpable. Comme je l’ai dit, ses textes sont universels, en chantant ces derniers, je sais que les gens seront touchés.

JHM : Parmi les musiciens qui vous accompagnent, on trouve une musicienne haut-marnaise, Viviane Arnoux, à l’accordéon, qui forme le duo MAM avec le violoniste François Michaud. Comment s’est fait cette rencontre ?
CT : J’ai fait ma formation musicale principalement à l’école ATLA, vivier de musiciens de talents et de tous horizons. François Michaud y donne des cours et j’ai entendu l’excellent travail qu’ils faisaient sur MAM, leur duo. J’ai trouvé que c’était une couleur qui irait bien à Dimey. Il y aura également Eric Gombart à la guitare et Bernard Weber à la contrebasse, que j’ai rencontrés à ATLA aussi, puisqu’ils y enseignent.

JHM : Comment abordez-vous ce rendez-vous à Nogent, ville natale de Bernard Dimey, dans un festival qui porte son nom ?
CT : Je suis impatiente et extrêmement fière d’y être programmée. J’ai eu l’idée de monter ce répertoire Cent pour cent Dimey l’année dernière à la même époque. Je ne savais pas qu’un an plus tard, j’aurais cette chance-là ! C’est de plus un pèlerinage que j’ai désormais le privilège de pouvoir faire. Bernard Dimey est mort en 1981. Je suis née en 1984 et pourtant je me sens (comme beaucoup de ses lecteurs) particulièrement proche de lui. J’arpente ces mêmes rues qu’il fréquentait, depuis 10 ans, puisque je vis et travaille à Montmartre depuis tout ce temps. J’ai rencontré des gens qui l’ont connu de près (sa compagne Yvette Cathiard, son éditeur Michel Célie) et d’autres du quartier qui l’ont connu un peu… Il fait partie de mon quotidien. Me trouver à Nogent, dans un festival qui porte son nom, comme vous dites, sera sans doute très émouvant.
Propos recueillis par A.S1077601_10151727508477300_1430049178_o

Entre 2 Caisses : préparons-nous !
Entre 2 caisses - Photo Lucas Destrem

Le groupe Entre 2 Caisses a présenté dernièrement son spectacle sur Allain Leprest (Je hais les gosses) à l’Européen à Paris. Il sera samedi soir au centre culturel.
Entre 2 Caisses sera sur scène à Nogent pour servir une jolie salade d’humour et de poésie comme il sait les préparer. Il ne faudra pas manquer les prochains passages d’Entre 2 Caisses en Haute-Marne. On vous aura prévenus…

Quatre hommes qui chantent, voilà qui nous rappelle forcément quelque chose. Des Quatre Barbus, E2C (Entre 2 Caisses) a gardé l’esprit du Front Populaire et la précision des arrangements vocaux. Des Frères Jacques, la rigueur de la mise en scène et l’art de déclencher le rire dans le public. On pense aussi à Chanson Plus Bifluorée et leurs spectacles très construits, avec fils rouges et surprises maison (tiens, tiens, ces derniers avaient pour manager un certain Jean-Michel Mouron, aujourd’hui membre d’Entre 2 Caisses). Belles références…
Précieux tiroirs
Le groupe est né en 1998 dans la Drôme, au carrefour de quatre parcours bien différents, mais tous aussi riches. Les accompagnements sur une base simple (guitare, contrebasse, accordéon) sont agrémentés par le tympanon, le cajon ou la clarinette, avec suffisamment de sobriété pour qu’on ne perde rien des textes. Si le quatuor signe quelques compositions, il puise l’essentiel de ses titres chez des auteurs considérés, comme Gaston Couté, Francis Blanche, Dimey (Le regret des bordels), Ferré (La Marseillaise) ou Gainsbourg (L’herbe tendre). Il sort aussi des tiroirs de petites merveilles signées par des contemporains de la «grande famille» : Romain Didier, Loïc Lantoine, Sarclo, Michel Bühler, Gérard Morel, qui ont pour la plupart, eux aussi, foulé la petite scène chaumontaise du Saint-Jean avec Chants de Gouttière ou celle du Festival Dimey à Nogent.
Alors quand les quatre gaillards s’attaquent au monument Leprest, et quand c’est Juliette en personne qui peaufine leur mise en scène, on ne peut pas être déçu. Même si le pari de ce spectacle – présenter à un jeune public l’univers d’Allain Leprest – peut apparaître comme un challenge. La poésie vole au-dessus des références, du sens des mots et des phrases, paraît-il. Espérons-le, sans quoi E2C manquerait une partie de sa cible. Quant aux adultes dont l’âme bien trempée aura su préserver un cœur d’enfant, ils y trouveront leur compte, à coup sûr.
La veuve du soldat inconnu
Vaincu par son cancer, Allain Leprest a décidé de se retirer la vie en 2011, dans le village de Jean Ferrat, en nous laissant des centaines de chansons, vivantes pour toujours. Les hommages à son œuvre, déjà publiés de son vivant et en sa présence (1) n’ont pas manqué. Le florilège choisi par E2C sort des sentiers battus. On retrouve avec plaisir Tous les Proverbes, SDF ou l’émouvant Sarment. De l’album un peu terne commis avec François Lemonnier, Entre 2 caisses a ressorti C’est drôle : C’est drôle, il fait un peu froid, j’ai des frissons sur ta peau, et des fourmis dans tes doigts qui me démangent ton dos… Parmi les nombreuses collaborations avec Romain Didier, Adieu les hirondelles, truculent plaidoyer pour la gendarmerie à bicyclette, qu’aurait pu signer Brassens, et Café Cocu, que Trénet n’aurait sans doute pas renié. En bouquet final, Les bêtes à cornes, morceau de bravoure où les quatre chanteurs se déchainent, et enfin le succulent hommage à La veuve du soldat inconnu, qu’Allain Leprest, en 2003, écrivit tout spécialement pour Entre 2 Caisses.
A la sortie de l’Européen, Jean-Michel Mouron confiait que Je hais les gosses ferait l’objet d’une grande tournée française en 2015. «La Haute-Marne doit faire partie du lot», a-t-il ajouté. Le CD (2) nous fera patienter jusqu’au 10 mai mais on a hâte d’en savoir plus…
Correspondance : Florent Desprez

(1) Chez Leprest, Vol. 1 et 2 – Tacet – L’autre distribution
Jean Guidoni, Romain Didier, Yves Jamait – Nu Comme la Vérité – Où vont les chevaux quand ils dorment (DVD + CD) – Tacet – L’autre distribution
(2) Je hais les gosses – Entre 2 Caisses chante Allain Leprest – Tacet – L’autre distribution

Le Jazz à Bretelles va s’envoler

À quelques heures d’ouvrir le Festival Bernard Dimey, la Chaumontaise Alexandra Jamet, chanteuse du groupe Jazz à Bretelles, s’est prêtée au jeu des questions – réponses, avec fraîcheur et spontanéité.

JHM : Le Jazz à Bretelles, dont vous êtes la voix, donnera le spectacle d’ouverture du 14e Festival Dimey. Comment vous sentez-vous ?
A.J : Nous assurons la première partie de Claire Taïb, ce qui est tout un honneur. Nous ne sommes ni plus ni moins stressés que d’habitude (…) Nous sommes fiers de participer à ce festival et heureux que les organisateurs fassent confiance à une formation locale comme la nôtre. C’est une occasion de plus de partager notre passion avec le public et de rencontrer de nouveaux artistes.

JHM : Comment se sont déroulées les sélections pour la programmation, qui vous a contactée ?
A.J : J’ai rencontré un comédien, ami de Yves Amour (président de l’association Dimey, Ndlr), sur le spectacle Hommage à Piaf que j’ai donné à Nancy. Yves m’a ensuite contacté pour intégrer la programmation du Festival avec le Jazz à Bretelles. Mais il y a longtemps que nous avions pris contact avec l’association en envisageant une éventuelle participation. C’est maintenant chose faite.

JHM : Quelle chanson de Bernard Dimey allez-vous interpréter ?
A.J : Nous avons longuement hésité car nous voulions choisir un texte qui correspondait à l’esprit Jazz à Bretelles. Nous aurions très bien pu reprendre Syracuse ou Mon truc en plumes qui seraient très bien entrés dans notre répertoire mais nous avons porté notre choix sur Je vais m’envoler. C’est un texte plein d’humour et de métaphores, assez théâtral, posé sur un air d’accordéon Aubade d’oiseaux, un clin d’œil à André Verchuren.

JHM : Comment avez-vous découvert Dimey ?
A.J : C’était il y a quelques années, grâce au Festival auquel nous avions participé avec le Bagad Café. Nous avions repris le texte La femme du marin sur l’une de nos compositions. l’an dernier, la même formation a été contactée pour un projet de CD Spécial Dimey avec des artistes locaux. Le texte sur lequel nous avons travaillé est J’aimerai tant savoir. Nous attendons la suite. Pour cette édition du festival, c’est notre guitariste, Patrice, fervent admirateur des textes de Bernard Dimey, qui a choisi le texte.

JHM : S’il était encore vivant, quelles questions aimeriez-vous lui poser ?
A.J : Je crois qu’après lui avoir demandé de me conter Paris et la Butte Montmartre, je lui glisserais : «Cher Bernard, accepterais-tu de m’écrire une chanson ?» (sourire).

JHM : Après Piaf, si vous deviez rendre hommage à un artiste, qui serait-il ou qui serait-elle ?
A.J : Rendre hommage à la môme Piaf a été un pari réussi mais osé qui m’a transformée ! Je ne pense pas pouvoir entrer dans un autre personnage, pas de cette façon-là en tout cas. Tous les grands interprètes méritent un hommage de leur vivant, si possible, et pourquoi pas en leur présence, ce serait encore mieux. Mais c’est surtout au public que je fais confiance pour nous faire savoir ce qu’il a envie d’entendre et de voir…

JHM : Quels sont vos projets artistiques avec Jazz à Bretelles dans les prochains mois ?
A.J : Nous projetons de sortir un CD et pourquoi pas de travailler sur des compositions personnelles mais le plus important se sont les concerts, toujours des concerts ! Le Jazz à Bretelles est une formation de terrain et c’est devant le public qu’il progresse le plus.

JHM : Et un album solo, y songez-vous ?
A.J : Bien sûr, j’y pense souvent mais c’est un exercice très différent de ce que je fais depuis des années. Je n’ai jamais travaillé en solo. J’ai besoin des autres pour donner et recevoir, musiciens comme spectateurs, et je ne suis pas encore assez sûre de moi : pour l’instant le projet se dessine. J’ai déjà beaucoup de chance d’être entourée par d’excellents amis musiciens, de connaître de très bons techniciens, ce qui est un bon départ.

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A.J : J’ai déjà réalisé un de mes plus grands rêves, un rêve de gosse : interpréter les chansons d’Édith Piaf en spectacles et à ma façon. Mais à l’aube de mes quarante ans, le rêve le plus fou serait de pouvoir réunir tous les musiciens avec lesquels j’ai partagé tant de bons moments pour un concert unique ! Revenons à la réalité, mon souhait serait tout simplement de pouvoir continuer le plus longtemps possible à chanter et à donner du plaisir au public.

JHM : Quels conseils donneriez-vous à un ou une jeune interprète qui débute dans ce métier ?
A.J : Il serait présomptueux de donner quelque conseil que ce soit, à qui que ce soit. Une chose est certaine : Il faut rester soit même !
Correspondante : Sandrine Roy

Dimey du 52, c’est quoi ?

Pour boucler le financement d’un album avec des artistes du département qui revisitent le répertoire du poète nogentais, l’association Bernard Dimey lance une souscription. Quelques-uns d’entre eux se produiront dans La Cave à Bernard et lors des fameuses 3e mi-temps pour donner un avant-goût de ce beau projet participatif au nom de code : Dimey du 52.

Une douzaine d’artistes haut-marnais sont impliqués dans un projet d’album autour du répertoire de Bernard Dimey. De Dorothée Daniel à Tournelune en passant par Christophe Rémy, Casius Belli, Ya-ourt, le Bagad Café et bien d’autres. Le concept de cet album est né «un samedi après-midi. J’ai souvent des intuitions musicales le samedi», s’amuse Anicet, Nogentais de cœur et musicien amateur à ses heures, à l’origine du projet. «J’ai contacté Philippe Savouret et Yves Amour. Ils ont été séduits par l’idée», ajoute-t-il.
«J’ai surtout souhaité fédérer des artistes du département, pour la plupart amateurs, autour d’un projet commun, cent pour cent haut-marnais jusqu’aux sessions d’enregistrement, au pressage et à la conception graphique de l’album. C’est une première, à ma connaissance, si on excepte la compilation réalisée, il y a quelques temps, par la MJC de Chaumont avec de jeunes groupes du chef-lieu», assure le Nogentais.
Modernité
Après plusieurs mois de travail en amont pour sélectionner les textes les plus appropriés et complémentaires, régler les détails liés à l’édition, une réunion de présentation a eu lieu en fin d’année dernière dans les locaux d’Arts Vivants 52, partenaire du projet, en présence des artistes, de membres de l’association Dimey et d’Eric Frasiak. Le Barisien, fidèle du festival Dimey, a accepté d’assurer la direction artistique de cet album collectif qui pourrait également comporter une chanson chorale. «On a remis les textes aux artistes présents en leur laissant carte blanche au niveau de l’approche musicale. Ils avaient trois mois pour rendre leur démo. Je n’ai pas été déçu des retours. Au fur et à mesure, les contributions de chacun s’imbriquaient pour donner une mosaïque très fidèle de l’œuvre du poète nogentais. Dimey est d’une telle modernité. Tous les styles musicaux peuvent trouver matière à s’exprimer sur ces textes-là. On tient un album d’une grande diversité qui comblera les amoureux de Dimey mais pas seulement», assure Anicet.
Tours de chauffe
Le public du festival va pouvoir découvrir, en avant-première, quelques extraits de ce projet baptisé «Dimey du 52» et participer ainsi à son avancement concret par le biais d’une souscription (1).
Les organisateurs ouvrent La Cave à Bernard vendredi après-midi (15 h) pour une petite mise en bouche acoustique truffée de surprises. On y chantera forcément Dimey.
Ils comptent aussi sur la présence des artistes impliqués dans ce projet lors des fameuses 3e mi-temps qui parachèvent chaque soirée durant toute la durée du festival dans de savoureux moments de partage. La scène est grande ouverte.

(1) Envoyez votre chèque de 15 E à l’ordre de l’association Bernard Dimey, BP 37, 52 800 Nogent. Laissez vos nom, adressse, téléphone et courriel. Un accusé de réception sera envoyé et votre chèque débité à l’envoi de l’album dont la sortie est prévue au printemps 2015.Ya-ourtBagad Café
De Ya-ourt à Bagad Café, une douzaine d’artistes haut-marnais sont impliqués dans un projet de cd autour des textes de Bernard Dimey

Dans les pas de Bernard Dimey à Montmartre
couvPhilippe

Bonne nouvelle pour les passionnés de chanson française, un nouvel ouvrage vient célébrer la 14e édition du Festival Bernard Dimey. Coup de projecteur sur l’œuvre de deux passionnés, Philippe Savouret et Hervé Le Graët, qui ont uni leurs talents pour un hommage, non dénué d’originalité, au poète.

Philippe Savouret, conservateur de la médiathèque de Nogent, défend depuis presque trois décennies la richesse du patrimoine de Nogent. Il s’évertue à faire connaître l’œuvre de Bernard Dimey et cultive sa mémoire, vaille que vaille.
Bernard Dimey (1931-1981), un nom connu et salué dans le monde entier, alors que, dans sa propre ville natale, beaucoup de gens ignorent (hélas) encore tout de lui. Et pourtant…
Cet enfant du pays a écrit des textes pour les plus grands. De Henri Salvador (Syracuse) à Zizi Jeanmaire (Mon truc en plumes), en passant par Charles Aznavour (Aznavour chante Dimey), Jean Ferrat, Bourvil, Mouloudji, Yves Montand, Serge Reggiani ou encore Placido Domingo, pour ne citer qu’eux.
Parolier mais également auteur de pièces de théâtre et autres scénarii, l’homme a légué un patrimoine artistique d’une richesse infinie.
Obsédé par la mort, ce Nogentais ayant passé quelques années à l’Ecole Normale de Troyes avant de poser définitivement ses valises à Paris, se plaisait à dire que «La poésie, c’est mettre sa nuit en lumière».
Au cœur du quotidien de Dimey
C’est en 2003 que Philippe Savouret commence à composer un itinéraire pour faire découvrir Montmartre, le quartier où le poète a vécu les 25 dernières années de sa vie, aux membres de l’association Bernard Dimey.
En 2011, Hervé Le Graët, graphiste, illustrateur, et ami d’enfance de Philippe Savouret, lui lance le défi de coucher sur papier ce carnet de voyages : d’où sa proposition de l’agrémenter de croquis et autres dessins.
Ainsi est né cet ouvrage de référence À Montmartre, sur les traces de Bernard Dimey, paru le 2 mai : un album relié de 176 pages, 220 dessins, documents historiques et 400 photos. «Il est important pour moi de faire travailler des gens du département. Il m’est donc apparu logique de demander au Pythagore, (Chaumont), d’être l’éditeur de ce livre».
En partant du Boulevard de Clichy, l’ouvrage invite à découvrir ce quartier mythique de la capitale, à travers les petites ruelles de Montmartre souvent inconnues des touristes. Une attachante invitation à marcher dans les pas de Bernard Dimey : son café fétiche, les gens encore vivants qu’il a côtoyés…
S’y ajoutent des textes mettant en lumière les lieux où il a écrit. Mais aussi des apartés sur d’illustres haut-marnais : Louise Michel, bien sûr, Dutailly, Edmond Haraucourt, Richard Wallace.
C’est dire si cet ouvrage n’est pas seulement un hommage au Dimey de Montmartre. Il regorge de richesses historiques et artistiques. A lire et à partager sans modération.
Correspondance : Sandrine Roy

En 1981, peu de temps avant son départ, une équipe de la télévision consacrait un reportage à Bernard Dimey filmé dans son bourg natal.