Pas de spectacles, pas de concerts… La situation est plus que délicate pour les acteurs du monde culturel. Comédiens, musiciens, techniciens, ingénieurs… Les intermittents se retrouvent privés de travail. Rencontre avec Xavier, Nicolas et Philippe, musiciens et techniciens son, qui espèrent une reprise au plus vite.

Pas d’interactions sociales, pas de travail, climat morose… En colère, résignés, les intermittents sont dans l’incertitude la plus complète tant pour leur statut que pour une reprise éventuelle. Certains ne voient pas d’issue possible et envisagent de changer de métier.
«  Même si les salles rouvrent au printemps ou cet été, combien de temps cela va-t-il durer ? C’est difficile de ne pas savoir si on va conserver ses droits, surtout lorsqu’on a une famille, des enfants et un crédit maison à rembourser ! Je réfléchis sérieusement à une reconversion professionnelle. » Nicolas Colson, technicien son, avait fait ses heures, bien plus même. Mais, par peur de ne pas avoir de contrats d’ici août 2021, il n’a pas renouvelé ses droits pour bénéficier de l’année blanche. Il a eu raison… À part quelques dates, notamment avec le Nouveau Relax, tout a été annulé, et en particulier les gros festivals sur lesquels il compte chaque année.

Reconversion

« En août, ça fera un an et demi qu’on se retrouve dans l’impossibilité de travailler. L’année blanche (mesures exceptionnelles pour les intermittents) n’arrange rien, elle a juste décalé le problème. Je fais par exemple la fête de l’Huma qui regroupe 500 000 personnes en septembre. Il y a peu de chance qu’elle ait lieu ! Normalement, je suis déjà en train de travailler sur le montage de l’outil technique. C’est comme le festival d’Energies à Soulac-sur-Mer qui se déroule en mai avec 15 000 à 20 000 personnes. C’est perdu d’avance ! » Même constat pour le festival Dimey, à Nogent, sur 10 jours à raison de 12 h quotidiennes… 120 heures perdues. « J’ai quand même la chance d’avoir eu accès à de petites salles entre les deux confinements, ce qui n’est pas le cas de certains intermittents qui tournent uniquement avec de grosses boîtes de production, et donc dans les grosses salles type Zénith. Eux, n’ont jamais repris », détaille Nicolas, heureux de retrouver ses tables de mixage.

Vingt-cinq concerts annulés

Mis à part quelques petits plans de sonorisation, Philippe Péchiné, lui aussi technicien son, n’a pas pu travailler. « Nous avons une roue de secours jusqu’au 31 août mais jamais on ne fera nos heures ! Après, qu’est-ce qu’il va nous rester : le RSA et rechercher un nouveau boulot ? ». Jamais auparavant il n’aurait pensé changer de voie. « Le problème est que nous devons faire un certain nombre d’heures pour prétendre à notre statut mais là, nous sommes tous à la renverse. On est dans l’attente et s’il n’y a pas d’autres décisions du gouvernement nous concernant, on va se retrouver à la rue. »
Xavier Chaudière, musicien dans plusieurs groupes, a pu faire une quinzaine de dates cet été, profitant du beau temps pour être en extérieur. « On n’a pas mal tourné dans les campings et dans des fêtes privées, mais on a perdu 25 concerts, notamment à cause des mariages annulés ou reportés. L’urgence, c’est que ça reprenne au printemps, et si je fais la même chose que l’an passé, ce sera bon. Je fais 507 heures avec 43 cachets et, en règle générale, j’en fais environ 60. »

La fin de la diversité culturelle ?

Le manque de transparence du gouvernement pour son statut mais aussi pour d’autres corps de métier tout aussi « laissés-pour-compte », comme les bars et restaurants, est, pour Philippe, le plus dommageable. Selon lui, rien ne sera plus comme avant.
Un sentiment partagé par Nicolas. « Cette situation remet en cause toute la culture, ses acteurs et toute la diversité qui fait la richesse de la France. Quand la vie va reprendre, il n’y aura plus d’intermittents et les boîtes auront fermé. On voit que beaucoup liquident leur matériel. Il n’y aura donc ni les moyens techniques, ni les moyens humains. Tout va s’écrouler financièrement mais ce qui va trinquer le plus ce sera la culture et le lien social. »

Julie Arnoux

Nicolas, technicien son sur de grands festivals comme sur des plus petites scènes, redoute une perte de la diversité culturelle française (©Domi Decker).

Xavier, à la basse, a pu tourner avec Penelop’ cet été dans différents lieux, notamment à l’Orange bleue, notre photo.