Avant son concert à l’Abbatiale samedi 10 novembre, Laurent Voulzy revient, tout en confidences, sur sa carrière et son envie de faire une tournée à part.

Le Journal de la Haute-Marne : Comment vous est venue l’idée, l’envie, de faire une tournée uniquement dans les églises, cathédrales ou abbatiales, comme ce sera le cas samedi 10 novembre à Montier ?
Laurent Voulzy : Je suis passionné d’Histoire depuis mon enfance. On a tous des attirances dans la vie que l’on ne sait pas expliquer. Moi ça a été le Moyen-Age et les cathédrales. Il y a ce côté mystique, étrange qui me plaît. En 2010, j’ai fait l’album “Lys and love” avec le titre “Jeanne” dans cet esprit. J’ai déjà chanté dans des endroits assez remarquables et on m’a proposé de chanter uniquement dans les collégiales, abbatiales (…) et ça m’a terriblement motivé. Après, dans les chansons, il y a aussi une espèce de quête, des questions que je me pose. C’est l’aboutissement de quelque chose qui est en moi, qui me correspond, et ça me plaît énormément.

JHM : A tournée exceptionnelle, configuration particulière ? C’est assez intimiste ? Comment faire une sélection de titres au regard de votre carrière ?
L. V. : C’est une tournée familiale ave des gens que j’aime. On vit quelque chose de très fort, avec Naomi Greene (harpe, guitare et chant) et Michel Amsellem (piano). On a fait une sélection de 20 ou 21 titres, qui doivent entrer en résonance, en harmonie avec les lieux. Ces endroits ne sont pas neutres. Il y a une réverbération, une orchestration à trouver. On joue à chaque date le même répertoire mais on fait les réglages en fonction du lieu, dans ce que physiquement, il dégage. C’est un challenge formidable.

JHM : Du coup, vous ne jouerez pas certains morceaux très connus…
L. V. : Non. Les gens viennent vivre autre chose. On n’a pas choisi de faire “Rock collection” (le titre a eu 40 ans l’an dernier, ndlr). Ce ne serait pas un blasphème de le jouer mais il n’y aurait pas de plaisir à le faire dans ces lieux-là.

JHM : Jamais on aurait imaginé vous voir jouer dans une petite commune comme Montier. La tournée permet aussi cela ?
L. V. : L’économie d’une tournée est lourde. Si on est au moins cinq sur scène avec quinze personnes en coulisses, aller dans les petites salles, c’est compliqué. Là, on peut le faire, avec entre 800 et 1 200 personnes. C’est plein à craquer. C’est super pour moi d’aller dans des endroits où l’on ne se serait jamais allé.

JHM : Peut-on parler d’un album “plaisir”, avec la sortie de “Belem” en 2017 ?
L. V. : J’essaie toujours de me faire plaisir. C’est toujours mes rêves, mes fantasmes. Ma mystique. Quand je fais “La septième vague” avec les reprises, c’est pareil.  Quand j’ai appris la guitare, j’étais fasciné par tous les univers qui gravitent autour. J’adorais cette musique brésilienne. J’ai tellement aimé que j’en ai fait un album et “Belem”, un raccourci de “Bethléem”, est fait pour l’église !

JHM : Comment vous percevez votre longévité ? Ça vous surprend ? Ça vous touche ?
L. V. : Ça me dépasse. La vie me dépasse. Je ne comprends pas la chance que j’ai eue. La chance d’avoir rencontré Alain Souchon. D’avoir fait des chansons qui ont plu. D’être tombé à la bonne époque. D’avoir eu du succès, des chansons devenues des repères pour des gens. La seule chose qu’on peut dire, c’est que je ne suis pas content de ce que je fais, tant que je n’ai pas eu une émotion, tant que je ne fais pas quelque chose qui, une semaine après, me plaît toujours. Je suis un artisan qui aime être fier de son travail, comme un ébéniste qui donne un dernier coup de lime en disant : « Ça y est, j’y suis arrivé. » Encore une fois, je suis dépassé par ce qui m’arrive, il y a un truc étrange. Je n’ai pas tout à fait la vie de mes copains d’école avec qui je suis ami. Dans la rue, les gens me disent bonjour, ou « on s’est mariés et on a mis “je suis venu pour elle” ». On me dit des trucs qui m’émeuvent, je trouve ça merveilleux et étrange. Votre question est intéressante. J’aurais posé la même à Paul McCartney.
Propos recueillis par Nicolas Frisé

Concert de Laurent Voulzy, samedi 10 novembre à 20 h à l’Abbatialede Montier-en-Der.
Laurent Voulzy, en concert la semaine prochaine à Montier-en-Der (photo DR).