Cette fois, on sait… Le nouvel album de Damien Saez est majestueux. Comme cet Oiseau liberté qui vient de prendre son envol. Emouvant et revendicatif. Et ça n’est pas incompatible.

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On savait que Le Manifeste, vaste projet mûri par Saez après la digestion de Miami en 2013, serait un grand projet. On le devinait différent, le mystère venant vernir l’attente d’une douce excitation.

Le Manifeste est loin, très loin d’avoir connu son aboutissement. A la surprise quasi-générale, la fin du projet, programmée en juillet 2017… attendra Noël de la même année. Un peu de plaisir en plus…

On devinait donc ce retour en fanfare, plutôt que dans la discrétion. Fanfare il y eut. Mais ce ne sont pas les quelques éclats de voix liés à des critiques assassines et systématiques ou des soucis de divulgation de morceaux avant l’heure qu’il faudra retenir. Non : les textes et les musiques sont forts. Très forts. Bourrés d’émotion. C’est donc finalement surtout sur l’art qu’il faut juger ce dernier opus. Son contenu. Sa forme.

L’oiseau liberté prend aux tripes. Tout simplement. Sur fond d’attentats, de liberté(s), de mélancolie, mais d’espoir(s) aussi, les sept morceaux de l’album auxquels s’ajoutent trois “bonus” montrent un Saez révolté – on le savait – mais aussi extrêmement réfléchi, pas seulement dans la colère froide. Un Saez qui s’interroge. Sur la société, sur lui-même aussi.

Un humaniste. Un homme qui a envie d’écrire à son pays (“Mon pays je t’écris”), un homme qui parle de cet oiseau dont les ailes peuvent encore mener loin, malgré des constats implacables.

L’oiseau liberté est évidemment un album qui colle en tout point à l’actualité de ces derniers mois. Un album qu’on écoute… mais dont on s’imprègne, surtout. Pour finalement tomber d’accord : Saez fait définitivement partie de ces artistes à part qui donnent ou redonnent leurs lettres de noblesse à la poésie. Dans tout ce qu’elle a de moderne et d’envoûtant.

De très bon augure, quelques jours avant un Bataclan (21, 22 et 23 décembre) complet depuis un moment et une tournée début 2017.

Christophe Bonnefoy