Le festival de guitare d’Issoudun (Indre) est une manifestation qui a lieu chaque année aux alentours de la Toussaint. Cet événement s’adresse aux passionnés de guitare. La dernière édition s’est déroulée du 28 au 31 octobre dans la Champagne berrichonne.

Initiée à la fin des années 80 par Marcel Dadi, guitariste français disparu dans un accident d’avion en 1996, et dont le renouveau acoustique lui doit beaucoup, son contenu s’est élargi à tous les styles possibles : classique, jazz, blues, rock… C’est ainsi que ce festival a réussi à programmer au fil des ans, les plus fines gâchettes de la planète : Chet Atkins, Albert Lee, Larry Coryell, Biréli Lagrene, Mike Stern, Christian Escoudé, Raphaël Fays, Roland Dyens, Michel Cusson, Stephan Grossman, Adrian Legg, Pierre Bensusan, Nguyên Lê, Romane, Jennifer Batten, Michel Haumont, Serge Lopez, John Renbourn, Larry Carlton, Al di Méola, Tommy Emmanuel, Paul Personne…
Pour cette édition 2016, Steve Waring a eu l’honneur de lancer les festivités avec un concert dédié aux enfants. Si les paroles font mouche chez les plus jeunes, sa musique relève toujours d’une richesse harmonique et rythmique aux confins du jazz, du blues, mâtinée de folklore. L’artiste avait séduit les guitaristes les plus exigeants, par le passé, avec ses productions blues, son chant et sa maîtrise instrumentale.
Les conventionnistes, nom donné aux festivaliers qui choisissent l’intégralité de la manifestation, baignent dans une ambiance de concerts, de rencontres amicales et musicales.
La radio Fréquence Guitare Issoudun (FGI), s’est installée à nouveau à proximité du Dadgad café, lieu de convivialité par excellence. Elle interviewe durant trois jours les acteurs de l’événement. Pour partager la vie du festival sur les ondes et le réseau des guitaristes.
Ce week-end était l’occasion d’échanges amicaux et musicaux très forts. Bon nombre de conventionnistes reviennent fidèlement chaque année. De nombreuses amitiés se nouent. La proximité des artistes professionnels est réelle et s’affirme lors des déjeuners ou d’instants précédant les concerts. Rafaël Fays, Patrice Jania, Michel Ghuzel, Michel Haumont, Eric Gombart, Antoine Tatich, Christian Laborde… pour ne citer que ces concertistes affirmés.
Des concerts haut de gamme
La grande scène du soir a lancé à trois reprises ses bouquets d’artifice : le duo Ezra Esper, Chino l’Argentin qui magnifie sa musique latino sur un dobro, et qui lève la foule de l’auditorium.
Le Canadien Don Ross explore et triture son instrument en fingerstyle avec des possibilités insoupçonnées. Le lendemain, Loula B, duo formé d’une chanteuse accompagnée d’une simple basse (et quelle basse !) et John Scofield en seconde partie ont assuré le show électrique. Chez Scofield, le jazz prend des couleurs bluesy, se démarquant de sa collaboration avec Miles Davis. La dernière soirée est dédiée à Marcel Dadi avec un hommage vibrant à l’œuvre du fondateur du festival. Onze artistes pour prolonger sa musique, offrant une variété d’interprétations sur une vingtaine de ses titres majeurs avec en apothéose des improvisations qui font mouche.
La lutherie à l’honneur
Chacun navigue à son gré entre les plus beaux instruments réalisés par les luthiers présents.
Le salon de la lutherie présente du rêve avec cette multitude d’instruments, aux finitions sobres ou clinquantes. Les plus hardis s’essayent sur ces pièces d’orfèvres. Quatre fournisseurs de bois de lutherie, Français, Italiens ou Espagnols répondent aux besoins des luthiers. Dans ce créneau, la guitare de notre Johnny national trône à proximité de la Chapline en hommage à l’artiste cinématographique du muet. Deux œuvres d’art signées Franck Cheval, le luthier de la première convention accompagnant Dadi. Un film lui a d’ailleurs été dédié, rapportant les histoires de liens et d’amitié entre les artistes et ce luthier majeur.
La scène des luthiers permet pendant deux heures de mettre à l’honneur ces artisans choyés par les musiciens. Afin d‘essayer et apprécier leur travail, les guitares sont essayées par des artistes ou conventionnistes devant un grand public, devenu au fil du temps fin connaisseur. Cabrel n’a jamais dissimulé son profond respect pour celles et ceux qui font chanter les essences diverses de bois : « Dans ce monde rapide, il est des artistes méticuleux, presque arrêtés, des surdoués de la patience : les luthiers de belles guitares. »
Autour de ces rendez-vous, il faut ajouter une bourse aux guitares et ses accessoires, pas moins de cinq stages de perfectionnement et les Aft’heures dans une programmation off, ces concerts dans les bars jusqu’à très tard au cœur de la nuit et du plaisir musical. De là-haut, sûr que le maître Marcel Dadi devait jubiler devant tant d’éclectisme et d’engouement.
De notre correspondant Sylvain Jobert

Trois questions à… Cyril Grandgirard : «Comprendre les attentes du musicien»
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Cyril Grandgirard a installé son atelier de luthier à Arc-les-Gray (70). Il était à Issoudun avec ses dernières créations.
Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à vous réaliser dans ce métier ?
J’ai commencé, comme beaucoup, par jouer de la guitare, puis je me suis mis à démonter et remonter mes guitares, pour voir comment c’était fait, tester des réglages… Et puis j’ai réalisé ma première guitare en marge de mon métier de menuisier agenceur, il y a 15 ans, en bois de récupération, dans le couloir de mon petit appartement. La passion est née. J’ai décidé d’en faire mon métier.
Comment concevez-vous la réalisation d’un instrument ?
Je travaille beaucoup avec des gens de toute la France et de l’étranger qui ne se déplacent pas tous. Le cahier des charges est donc souvent établi par mails la plupart du temps ou par téléphone. Bien sûr, je reçois volontiers les gens à l’atelier, pour discuter de leur projet, ce qui rend les choses plus explicites. L’essentiel est de comprendre les attentes du musicien, le type de son attendu, l’ergonomie comme le profil du manche, les réglages… Une bonne relation doit s’installer, un partage, une compréhension, pour que l’instrument corresponde complètement aux attentes du musicien.
Vous avez présenté des guitares électriques, acoustiques et des basses. Avez-vous une préférence pour un type d’instrument ?  Quels sont les matériaux que vous préférez utiliser ?
Chaque type d’instrument est différent. J’aime beaucoup travailler sur les basses qui permettent, à mon avis, plus de libertés esthétiques et techniques. J’aime aussi travailler les guitares acoustiques, tester des choses, et sortir un peu des sentiers battus avec par exemple le multi-diapason qui est de plus en plus présent tant dans le monde électrique que dans l’acoustique. J’aimerais pouvoir ne travailler qu’avec des essences locales ou européennes, mais ce n’est pas toujours possible en raison de la demande.
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photo-6-don-rossLe Canadien Don Ross explore et triture son instrument en fingerstyle
photo-7-alain-girouxAlain Giroux : un demi siècle de blues à raconter
photo-9-raphael-fays-1En stage avec un maître du flamenco et du jazz manouche Raphaël Fays
photo-10-scofield2John Scofield (à droite), une référence de la planète jazz
photo-15-faysdadiHommage à Dadi avec Raphaël Fays pour une reprise qui swingue