Philippe Savouret, biographe de Bernard Dimey, évoque son ami Pierre Etaix décédé il y a quelques jours.

«Cinéaste, écrivain, dessinateur, c’est surtout le mot CLOWN qui nous vient tout de suite à l’esprit. Tant le cirque a marqué sa vie en particulier avec Annie Fratellini, avec laquelle il a créé l’Ecole Nationale du Cirque en 1973.
Ce touche à tout, gagman, assistant réalisateur de Jacques Tati, est le digne héritier d’une longue tradition de burlesque de Charlie Chaplin à Buster Keaton.
Bernard Dimey, notre poète qui s’intéressait à tous les styles était l’ami d’Annie et Pierre et des clowns en général. D’ailleurs il leur a consacré une des émissions qu’il animait sur la 3e chaîne « Pour l’amour de… » Celle-ci « pour l’amour du cirque ».
De même, Bernard Dimey qui aurait aimé jouer la comédie eut l’opportunité de participer à des films grâce à  Pierre Etaix entre autres qui lui confia le rôle d’un truculent médecin dans «Tant qu’on a la santé» 1966. Sur un scénario de Jean-Claude Carrière lui aussi ami de Pierre Etaix.
Il y a quelques années alors que la présidente voulait le faire venir pour parler de B.Dimey et de sa relation au cinéma dans le cadre du festival, on eut la désagréable surprise d’apprendre que ses films étaient bloqués pour de sordides affaires de droits. On ne put les voir pendant 20 ans. Et puis grâce à une mobilisation nationale de la presse, du métier et des amitiés, son œuvre cinématographique fut non seulement autorisées en 2009 mais on peut redécouvrir l’intégrale de ces chefs-d’œuvre poétiques et burlesques dans un coffret DVD.
Pierre Etaix résidait à Montmartre dans un endroit bien connu des Dimeyphiles : 13 rue Germain Pilon. Dans ce magnifique immeuble, il louait quelques pièces au poète. C’est ainsi que de 1969 à son décès, Bernard Dimey y vécu avec sa compagne Yvette Cathiard. En face d’un célèbre troquet immortalisé par Dimey : « Le Gerpil ».
C’est d’ailleurs sur le mur de cette propriété qu’on peut voir la sculpture en pierre consacrée à Bernard Dimey. (Ou plutôt qu’on reverra, car celle-ci fut démontée pour refaire le mur. C’est quelqu’un de l’entourage de Pierre Etaix qui me l’a confirmé lorsqu’on s’était inquiété de sa disparition cet été.).
Pourtant bien qu’artiste, Pierre Etaix se fit l’un des ardents défenseurs de la charcuterie menacée de disparaître. Celle-ci se trouvait dans un endroit stratégique à l’angle des rues Germain Pilon et des Abbesses. Or, la Ville de Paris voulut construire un théâtre et une école de danse en 1996. Mais une polémique avait pour objet le projet lui-même. La destruction de la charcuterie a été très mal perçue par les habitants de ce «village très commerçant». Guy Franquet, montmartrois originaire de Saint-Dizier en a fait un feuilleton : «le cochon rose». D’abord distribué en feuille, chez les commerçants, il fut ensuite édité et illustré par Pierre Etaix. prix Alphonse Allais 1997.
L’intégrale des films De Pierre Etaix comme « Le cochon rose », est disponible à la médiathèque Bernard Dimey de Nogent.
’ai eu la chance de rencontrer Pierre Etaix, invité par Yvon Lallemand et les écrivains haut-marnais en 1996 à Saint-Dizier. L’occasion de parler de Bernard Dimey. Il a dédicacé pour la médiathèque,: «Le métier de Pierre Etaix» livre qui venait de sortir, préfacé par Jerry Lewis».etaix0En 1995 à Saint-Dizier : Pierre Etaix et Philippe Savouret (au premier plan)
etaix1La dédicace de Pierre Etaix pour la médiathèque de Nogent.etaix2Pierre Etaix par Hervé le Graët à montmartre…etaix3Au 13 rue Germain Pilon à Montmartre où vécu Dimey et Etaix qui sous louait une partie de la maison.etaix4En 1966 avec Bernard Dimey pour « Tant qu’on a la santé ».