Mag Hantson : aller-retour Epernay-Nogent
Le premier album de Mag Hantson vient tout juste de sortir. Gate of moonlight a été conçu entre Epernay et Nogent.
La connexion entre le groupe d’Epernay et Philippe Péchiné, nogentais passionné par la musique en général et le travail du son en particulier, c’est faite en 2014. «C’est une rencontre, un vrai coup de foudre lors de la fête de la musique à Nogent où il assurait la sonorisation. Philippe a aimé notre projet. Il nous a spontanément proposé son aide pour la conception de notre album», se souvient Mag Hantson qui ne tarit pas d’éloge sur le travail du technicien Nogentais. «Il est très minutieux et a fait un véritable travail de dentelière. Philippe souhaitait atteindre un certain niveau de perfection. Il n’a pas hésité à utiliser tout un tas de combinaisons différentes afin que lui et toute l’équipe soient satisfaits du résultat. Il a fait un travail colossal qui a certes pris du temps, mais c’est compréhensible», assure encore la chanteuse du groupe qui porte son nom.
Des premières séances d’enregistrement en home studio aux derniers travaux de mixage et de masterisation, l’aventure aura duré 3 ans. «C’est un délai qui  se justifie par le fait que je travaille avec une équipe professionnelle et perfectionniste. Rien n’a été laissé au hasard et, au final, chacun devait être satisfait de son travail avant qu’on puisse envisager de sortir l’album. On voulait avoir un produit de qualité afin de mettre un maximum de chance de notre côté pour séduire le public mais aussi les professionnels du métier. Jusqu’à présent les retours sont plutôt positifs», assure Mag Hantson.
L’album distille un son rock américain qu’on pourrait qualifier de «classic». Mais pas que. La parenté avec une artiste comme Pink est assez évidente tant au niveau de la voix que de l’ambiance sonore générale. «Il y’a aussi des influences country, rock progressif inspirées de groupe tels que Queen, Yes, Asia, Keith Urban, Blake Shelton, Pat Benatar. Notre parolier, Marco Serri, a vécu aux Etats-Unis. Il est fan de Tom Waits, Walt Whitman et Ry Cooder», poursuit Mag Hantson qui cultive des valeurs de partage. «La principale fonction des artistes c’est de divertir afin de procurer un moment d’évasion au public en le faisant voyager loin de ses soucis du quotidien. Il est donc logique de faire passer des messages d’amour et de partage dans nos chansons, car se sont les vraies valeurs de la vie», assure la jeune femme bien présente sur les réseaux sociaux. «Les gens qui nous soutiennent au quotidien depuis 2014 sont des personnes que nous avons rencontrées sur nos concerts ou encore des élèves de notre école de musique « La Sparnamusic ». Mon blog permet donc à ces amis de suivre au quotidien notre projet, beaucoup nous confient que notre rêve les fait voyager et leur fait du bien…»
Après un premier Ep 5 titres en 2014, Mag Hantson passe la vitesse supérieure et n’entend pas s’arrêter en si bon chemin. «Dix nouvelles chansons sont bien avancées. Nous en jouerons certaines sur les prochains concerts. Nous avons remarqué que notre musique est beaucoup suivie en Europe de L’Est. C’est une piste que nous avons choisi de creuser.
A.S

Gate of moonlight de Mag Hantson est disponible sur le site http://sparnamusic.wixsite.com/maghantson/shop

Un extrait en écoute ici.

Mag Hantson -extrait I wanna fly

“Gates of moonlight” est disponible sur le site http://sparnamusic.wixsite.com/maghantson/shop

Philippe Péchiné : «c’est l’émotion des musiciens qui compte»

Philippe Péchiné est passé maître dans le travail du son. Le Nogentais vient de terminer le travail de traitement sonore sur le premier album de Mag Hantson, groupe pop-rock d’Epernay. Interview.

Le travail du son, c’est venu comment ?
C’est une suite logique. Depuis toujours, je suis sensible à la musique et j’adore les percussions. A l’âge de 7 ans, j’ai la chance de pouvoir intégrer la batterie-fanfare de ma ville et de travailler les rudiments de la caisse claire avec un professeur. C’est pour moi un déclic. Je sais que la musique tiendra une place importante dans ma vie.
A 13 ans, je reçois une batterie comme cadeau de mes parents. Ensuite je joue dans un groupe et, à 18 ans, je suis engagé comme batteur dans un orchestre de bal. J’y côtoie des musiciens plus expérimentés que moi et j’apprends beaucoup, avec eux, durant cette période. Mon chef d’orchestre investit dans un studio d’enregistrement qu’il monte dans sa maison, j’y enregistre, et voilà, c’est parti. J’écoute les productions de Ted Templeman, Bruce Swedien, des producteurs américains, et je me dis : Waouh, comment font-ils pour avoir ce son-là ? Il faut dire qu’à l’époque, il n’y avait pas beaucoup d’écoles de musique, et encore moins d’écoles de son. Les cursus, en techniques du son et studio, coutaient une fortune. J’ai donc fait des études dans un autre domaine, mais mes magazines de chevet étaient Diapason et Sono
Magazine.
Plus tard, je suis des stages de formation en parallèle à la pratique de la batterie, tout en gardant à l’esprit que les notes de musique sont des fréquences, que le son est la matière première de la musique.

Tu as travaillé dans un studio d’enregistrement pro, dans les Vosges. Parle-nous de cette période, des rencontres marquantes.
Début des années 90, je collabore avec un ami musicien et, ensemble, nous développons le studio Second Side, dans les Vosges. Nous commençons avec peu de moyens financiers, mais au fil du temps nous optimisons la structure pour en faire un gros studio d’enregistrement. Cinq salles de prise de son, une régie de 70 m2 abritent une grosse console analogique, des périphériques et des micros haut de gamme.
Cette époque est propice au développement. Internet n’en est qu’à ses balbutiements, l’informatique musicale laisse présager de belles perspectives.
Nous avons la chance de vite accrocher une clientèle nancéienne en travaillant pour des musiciens professeurs au CMCN (actuelle MAI). Puis, nous travaillons pour des élèves de cette école. Second Side devient «le» studio de référence en Lorraine. Nous avons des marchés avec des artistes en auto-production, des labels indépendants, le Conseil général des Vosges, la Région. Nous réalisons tous les styles : musique classique, traditionnelle, jazz, reggae, rock, funk, métal, grindcore, chanson française…
De très belles rencontres musicales et humaines naissent de cette activité. C’est encore l’époque où les labels et les artistes vendent du disque.
Dans les années 2002, le marché subit une crise sans précédents. Beaucoup de petits labels déposent le bilan. L’internaute télécharge gratuitement. A ce propos, la loi Hadopi sera un fiasco total.
Je me souviens avoir gardé les sessions enregistrées d’un artiste (re)connu nationalement pendant un an, le temps de percevoir le règlement de notre facture relative à 30 jours de prestation.
En 2008, nous revendons la structure à une grosse holding, laquelle vient d’investir dans des labels, sociétés de distribution, d’édition, de communication pour créer un nouveau studio résidentiel. La crise des subprimes passe aussi par là, les banques sont plus frileuses, la holding se porte de plus en plus mal. En 2010, j’en termine avec mon activité de studio-manager.

Quels sont les éléments déterminants pour réaliser un bon enregistrement, un bon mixage ?
Avant toute chose, il est important de bien définir le cahier des charges qui va satisfaire l’artiste, le réalisateur, le producteur et l’auditeur lambda. Mais, pour 80 pour cent, il faut de bons arrangements, de bons musiciens, de bonnes interprétations. La technique arrive après.
C’est la qualité des arrangements qui donne à une oeuvre musicale toute sa puissance et son pouvoir de séduction et, s’il n’y a pas d’émotion à la prise de son, il ne risque pas d’y en avoir d’avantage au mixage, et ce malgré l’édition la plus pointue.
La prise de son répond à des lois physiques : quel type de micro utiliser, quel positionnement choisir, comment gérer les phases des signaux audio, l’espace et la réverbération naturelle d’un lieu ? Sur quel support enregistrer ? En quel format ?
Ensuite, on parle de mixage, on prend toutes ces captations et on les agence ensemble. Dans les années 60, le mixage n’était pas aussi «artistique» que maintenant. L’important était d’entendre les arrangements, les voix étant mixées bien souvent devant les instruments.
Au fil du temps, de nouvelles techniques de mixages sont apparues, grâce au développement d’appareils permettant de travailler la dynamique des sons, leur équalisation, leur réverbération…
Ainsi, les ingénieurs du son ont pu donner libre court à leur imagination (par exemple : The Dark Side of the Moon de Pink Floyd, Ok Computer de Radiohead…).
Les compositeurs des siècles précédents n’avaient pas besoin de studios d’enregistrement pour écrire des oeuvres cohérentes en terme d’arrangement. Dans un orchestre symphonique, on retrouve presque toutes les fréquences et tessitures que l’oreille humaine peut distinguer et apprécier. De fait, l’arrangement est une cuisine, dont il faut savoir doser les bons ingrédients.

Depuis quelques temps, on a le sentiment que la course à la compression est moins prégnante. Qu’est-ce qui explique ce phénomène ?
Dans le jargon du métier, on appelle ce phénomène le Loudness War. Le recours à la compression est allé crescendo ces dernières années, dans une course au son toujours plus fort, toujours plus gros. Il faut rappeler qu’à la base, la compression permet de réduire la dynamique d’un signal audio, et donc de diminuer l’écart entre les sons les plus forts et les plus faibles. A l’origine, il s’agissait d’adapter la
dynamique des premiers supports (vinyles, bandes ou cassettes) à celle des orchestres qui étaient enregistrés (essentiellement en musique classique et jazz). Par la suite, dès l’apparition des chaînes d’amplification et des percussions captées en close-miking (prise de proximité, Ndlr), ou encore des instruments à faible rendement, le compresseur est devenu indispensable ! Ainsi, on pouvait espérer entendre la partition d’une contrebasse alors qu’elle était entourée de la batterie et de guitares électriques.
Curieusement, avec les appareils numériques actuels, nous disposons d’une dynamique proche de la réalité. De fait, cette compression n’est plus techniquement nécessaire et pourtant elle n’a jamais été aussi présente.
La compression donne l’impression d’énergie. Plus on compresse, plus on ressent l’énergie. Si cela peut se justifier sur certaines esthétiques musicales (le rock, par exemple), le Loundness War est une pratique quasi généralisée aujourd’hui.
Le summum a été atteint dans les années 2014, avec, par exemple, l’album Big Music de Simple Minds. Le son final est tout sauf naturel, et cela entraîne une modification de la perception de l’auditeur. Il n’est plus question de choix esthétique, mais bien de choix stratégiques et commerciaux. Le morceau le plus compressé sera celui qui paraîtra le plus fort lors d’un passage radio.
Psychologiquement, les gens s’arrêtent plus facilement sur ce qu’ils entendent de plus fort. Il n’y a qu’à remarquer les compressions très élevées pratiquées sur les hits radio de la bande FM et aussi le niveau des publicités à la télévision. L’air du temps est à la surcompression, et il me semble difficile de faire marche arrière de manière radicale, ne serait-ce que pour donner «plus d’air» à un titre musical.

Parle-nous de ta nouvelle aventure Gypsy Recording Studios et des artistes dont tu t’occupes actuellement.
En connaissance de cause, je peux dire que la gestion de grosses structures dans le domaine de l’enregistrement sonore est très périlleuse.
J’ai aussi pu côtoyer la responsable du booking des studios Plus XXX, à Paris, lesquels ont fermé en 2008 – pourtant la clientèle était haut de gamme : Mylène Farmer, les Stones, Florent Pagny – qui expliquait que les gros studios passent de main en main, des investisseurs achètent puis revendent constatant un retour sur investissements minime.
De nos jours, on peut se payer les mythiques studios Real World de Peter Gabriel pour 400 E la journée. Cela fait rêver. Peter entend mettre ses studios à la portée du plus grand nombre, ses ressources financières émanant de ses droits d’auteur, de ses productions et de ses concerts.
Gypsy est un projet associatif, dont le but est de mettre à la disposition d’artistes du matériel, des compétences, tout en supportant des frais de fonctionnement moins élevés que ceux d’une grosse structure. Le matériel utilisé ne se situe pas dans la démesure, mais reste cohérent et abordable pour réaliser des enregistrements de qualité.
Dans Gypsy, il y a les notions de voyage et de partage. Partage pour les compétences, l’expérience et le matériel, voyage pour la possibilité de réaliser de prises de son en concert ou en régie mobile, dans des lieux déterminés, au plus proche des musiciens.
Je viens de terminer des mixages pour Mag Hantson, un groupe de style Glamrock. J’en co-produis l’album avec Jérôme Finel, le guitariste du groupe et compositeur, lequel a effectué toutes les prises de son de voix, de guitares, de batterie. Le bassiste a fait ses prises à la maison et différents claviéristes sont intervenus en enregistrant leur partition eux-mêmes. Nous vivons à l’ère de la démocratisation de
l’informatique musicale.
Au final, sur ce projet, le process est plus économique et tout est cohérent, peut-être plus que si tous les musiciens avaient enregistré en huis clos avec la pression du compteur qui tourne. Même s’il m’a fallu corriger des erreurs de prise de son, c’est l’émotion des musiciens qui compte. Je travaille actuellement au mixage du deuxième album de Gissé Labohême. J’ai, avec lui, l’expérience de son premier album, lequel a été enregistré avec un micro bas de gamme, sur un portastudio bon marché. Les mixages, à l’époque, ont été effectués avec peu de moyens, mais il est remarquable de constater que ce premier album est très populaire. Je l’ai d’ailleurs remasterisé, avec des moyens dont je ne disposais pas à l’époque, tellement les titres sont forts et prenants.
Pour écrire son deuxième album, Gissé s’est équipé en logiciels, enceintes de monitoring, console dont il se sert librement à la maison pour ses prises de son.
Sur ces deux projets, je suis réalisateur, et c’est ce rôle qui m’intéresse. Mag Hantson et Gissé m’ont donné carte blanche pour effectuer les mixages, mais surtout pour choisir, parmi les prises de son, ce qui au final doit être gardé. Ainsi, pour Mag Hantson, nous avons rajouté du clavier aux prises initiales, ce qui donne une toute autre dimension à l’album. Idem pour Gissé, nous avons effectué des prises de son additionnelles de percussions.
A venir, j’ai sous le coude les mixages d’un album que je dois à un vieil ami et d’autres projets.
Pour terminer, je reprendrais une expression de Sylvia Massy, ingénieur du son américaine de renom : «Si ça sonne, faites le…».
Propos recueillis par A.S

La suite de l’entretien et l’article sur Mag Hantson, dans Le Mag du dimanche, supplément gratuit du JHM.

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