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Laurent Rémy et son équipe de la Médiathèque départementale travaillent d’arrache-pied à la réalisation d’une base de données accessible sur le web regroupant les musiciens du département et leurs œuvres. Un travail de numérisation et de compilation colossal pour ce qui constitue sans doute un des plus ambitieux projets liés aux musiques d’ici.

Cinq cents artistes haut-marnais recensés, 300 œuvres numérisées… Le travail déjà réalisé est impressionnant. Les cd d’artistes haut-marnais occupent une place de choix dans le bureau que Laurent Rémy partage avec deux de ses collègues à la Médiathèque départementale, dont Marie-Cécile Wendling, assistante de conservation du patrimoine, qui se charge plus spécifiquement du travail de numérisation des œuvres estampillées 52. Et des productions locales, Laurent continue à en débusquer régulièrement. Le dernier arrivage est composé de vieux vinyls dont un 33 tours du poète Nogentais Bernard Dimey datant de 1975, d’un 45 tours du groupe Chaumontais Yves Dir (1), quatuor qui sévissait à la fin des années 70.
Pépinière de talents
Les premières traces connues d’une vie musicale dans le département remontent au XVIe siècle avec les maîtres de chapelles. Un des plus illustres fut sans doute Jehan Tabourot, chanoine à la cathédrale de Langres, dont les œuvres sont encore jouées de nos jours. Il n’existe aucun témoignage sonore de l’époque, bien sûr, mais on trouve des partitions et des enregistrements d’ensembles contemporains.
«Le grand public n’imagine pas la richesse et la diversité de la vie musicale en Haute-Marne. Ca a toujours été une pépinière de talents», s’enthousiasme Laurent, incollable sur la période qui va des années 80 à nos jours. Il y a la cohorte des artistes qui ont laissé une empreinte plus ou moins fugace localement et ceux qui ont fait carrière. Dans cette dernière catégorie, on citera notamment le Joinvillois Christian Vander, leader de Magma, Yves Simon (romancier à succès et à la discographie impressionnante) natif de Choiseul ou encore Nicole Rieu «qui a débuté dans un groupe yé-yé à Chaumont. Les anecdotes sont nombreuses», assure Laurent.
Collecteur de mémoire
Autre cas intéressant : celui de Carmina. Créé par Olivier Brochart, qui a mené une belle carrière ensuite avec Deus Ex. Machina, ce groupe était composé de musiciens talentueux «comme Michel Deneuve, autre haut-marnais qui est devenu le grand spécialiste de l’orgue de cristal. Il parcourt le monde aujourd’hui», souligne Laurent Rémy qui aimerait mettre la main sur un enregistrement réalisé en 1976 alors que Carmina assurait la première partie de Magma. «Il y a eu une captation live sur K7. C’est avéré !», s’enthousiasme-t-il. Et à chaque échange avec un musicien d’ici, Laurent enrichit ses connaissances sur le microcosme musical du département.
«Pour intégrer la base de données, il faut être né en Haute-Marne ou y avoir séjourné au moins 5 ans, être auteur-compositeur ou éventuellement interpréter des reprises mais créatives», insiste-t-il.
En se lançant dans cette aventure, il y a trois ans, ce collecteur passionné, qui a lui-même fait partie du sérail au sein du groupe chaumontais Eau de rose, dans les années 80 (lire ci-contre), n’avait sans doute pas imaginé qu’il ouvrirait autant de tiroirs remplis de destins musicaux tous uniques. Tel Alan Lomax en son temps, il compile avec passion un hétéroclite magma toujours en fusion. Pour la postérité.
A.S

(1) Yves Dir (chant, guitares) Edmond Gonthier (basse) Christian Sibot (claviers) Jean-François Fouley (batterie).

Artistes, à vos contrats

La base de données des artistes du département devrait être accessible sur le portail webothèque52 (www.webotheque.haute-marne.fr) qui a été repensé il y a quelques semaines. L’usage du conditionnel s’impose ici car un problème demeure. Pour figurer sur ce portail, les artistes doivent retourner un contrat de cession de droits. Une formalité indispensable qui fixe les règles d’exploitation des œuvres avec CVS, prestataire de la plateforme numérique. Celles-ci seront proposées ensuite à l’écoute en streaming (et non en téléchargement) à l’instar de ce que proposent des plateformes comme soundcloud où les choses sont nettement moins… encadrées.
«Pour que la base soit attractive, il faut qu’un maximum d’artistes se plient à cette simple formalité. Hélas, les retours sont peu nombreux pour le moment», constate Laurent Rémy.
Pourtant, ce portail est une belle vitrine qui s’adresse au large public potentiel des bibliothèques de France et de Navarre. «Il suffit d’adhérer à une des quelques 160 médiathèques du département, hors Saint-Dizier, Chaumont et Langres, lesquelles ne figurent pas dans le réseau de la Médiathèque départementale. L’adhésion est gratuite», souligne Sylviane Barrand, directrice de la structure qui dépend du Conseil départemental. Les artistes disposeront d’un accès gratuit au portail. Une rémunération sous forme de droits d’auteur est même prévue pour les morceaux les plus écoutés. La balle est dans le camp des artistes. Le formidable travail réalisé par Laurent Rémy et son équipe mérite bien de satisfaire à quelques démarches administratives.

Et en complément, ici, la bio du groupe Eau de rose dont Laurent Rémy faisait partie. Cette bio sera accessible sur le portail de la médiathèque départementale pour les adhérents. On pourra aussi y entendre tous les artistes haut-marnais recensés par ses soins.
En écoute ici et en bonus, le 45 tours numérisé du groupe Eau de rose, Claustrophobie. PochetteEaudeRose

La bio d’Eau de rose

Groupe de rock d’origine Bolognaise fondé en 1981, composé de Laurent Remy (auteur / compositeur et chant), Benoit Bernard (compositeur / guitare et choeurs), Frédéric Leclerc (batterie et choeurs) formé par Michel Denizet, Alain Possamaï (basse et choeurs).
Influencée par les Who, AC/DC, Trust, Police, Simple Minds, U2, Eric Clapton, Van Halen… la formation opte pour le hard-rock à ses débuts. Eau de Rose (l’idée est venu au chanteur après avoir vu sa petite amie utiliser un flacon du produit cosmétique du même nom), a une vraie révélation en découvrant Trust en 1979, à la salle des fêtes de Chaumont. Les membres du groupe seront même engagés comme roadies pour quelques dates régionales lors d’une tournée dans les 80 grâce aux relations qu’entretenait Pierre Lebert avec le manager de Trust.
La formation change de style à partir de 1986 et surfe sur le mouvement New-Wave. Eric Mugnier (claviers), ex. Fils à Papa, et également artiste peintre, puis Philippe Maës (claviers) collaborent successivement et éphémèrement au groupe. En 1988, Alain Possamaï quitte Eau de rose. Il ne sera pas remplacé. Le trio se tourne alors vers la Mao (Musique assistée par ordinateur) pour palier à l’absence de basse et de claviers. En 1989, une bourse Défi-jeunes, obtenue auprès de Jeunesse et Sports, permet de financer l’enregistrement (24 pistes) et la production d’un 45 tours, Claustrophobie, chez Milkshake Records (Vitry-sur-Seine). La pochette est signée Philippe Péchinet. Plusieurs clips sont réalisés pour des émissions sur FR3 Champagne-Ardenne, Bourgogne-Franche-Comté et Lorraine-Alsace. En 1994, le groupe se rebaptise « EX’S » et cherche son second souffle mais, usé par le manque de reconnaissance et l’éloignement géographique des membres, il se sépare en 1995 après plus 500 concerts, dont plusieurs scènes parisiennes à la fin des années 80 : La Locomotive, le Gibus, le Caf’ Conc’, le Grand Rex et les premières parties d’Ange (Francis Décamps, le claviériste du groupe Ange ayant remarqué une prestation du groupe lors d’un tremplin) à Belfort en 1988 et de François Feldman à Nancy en 1990 devant 3 000 personnes.