C’est presque mystique. C’est résolument rock et c’est carrément magique. Loin de tout battage médiatique – au contraire, Saez fait partie de ces damnés que les têtes bien pensantes se plaisent à titiller souvent violemment ; et il revendique ce statut d’artiste hors système -, il remplit les salles. Et pas les plus petites. Il était mercredi 5 avril au Zenith de Dijon.

Pour ceux qui connaissent, ceux qui ont déjà suivi quelques dates sur cette tournée du Manifeste, la projection de début de concert, puis l’arrivée de Saez sur scène pour accompagner les images au piano ne sont plus une surprise. Mais c’est toujours aussi émouvant. Il se passe indéniablement quelque chose depuis début mars. La naissance de “L’oiseau liberté”, en grande  partie dédiée aux victimes des attentats, fut un événement en décembre. Celle du triple album “Lulu” également. Et cette tournée prend des airs de communion. Sans marketing inutile. Sans passages radio – ou si peu -, mais avec une tonne de sincérité. Saez a su s’entourer des meilleurs musiciens que l’Hexagone compte actuellement. Mais il n’hésite surtout pas à se donner presque plus que de raison. Voix puissante, éraillée parfois, à la limite de la rupture. Une présence presque bestiale, un corps-à-corps, quasiment, avec le public, qui le lui rend bien. Il sait ce qu’il lui doit : «Merci pour votre fidélité».

Pendant quatre heures – c’est devenu une habitude -, Saez est entré dans une communion avec le Zenith de Dijon. Pilule, J’accuse, Marguerite et tant d’autres… Autant de morceaux que le public connaît par cœur. Des titres plus intimistes, aussi, qu’“A ton nom” symbolise par exemple. Puissant. Tout comme “Into the wild”, qui vous prendrait presque à la gorge.

Puis quelques pauses. Pour reprendre son souffle. Et cette petite récréation : Dijon, le lycée Carnot, le professeur de piano… pour annoncer ce “Jeune et con” que les plus hermétiques connaissent forcément.
Que dire, enfin, de cette conclusion, cette fin de concert à vous tirer les larmes, juste avant de vous entraîner dans une douce folie. “Tu y crois”, commencé à la guitare, seul. Puis l’éclipse de l’artiste pour laisser place aux musiciens dans une envolée qui à elle seule résume la force de cette rencontre.
Et ça n’est pas fini. Visiblement, Damien Saez n’a pas l’intention d’en rester là. Attendons la suite… Avec impatience.

Christophe Bonnefoy