Il est plus connu sous le pseudo de Nono.Norbert Krief, guitariste et compositeur du mythique groupe Trust, dévoile ce qui attend les Bragards, le 17 novembre prochain, aux Fuseaux dans le cadre du festival Eclectik Rock.

Journal de la Haute-Marne : Dix ans après la sortie de “13 à table”, votre album intitulé “Dans le même sang” est sorti en mars dernier. D’où vous est venue l’envie de ressortir un album ?
Norbert Krief : On s’est séparé quelques fois pendant notre carrière, et ça a été très positif. Ça nous a permis de réaliser beaucoup de choses, chacun de notre côté : Bernie (Bernard Bonvoisin, chanteur et co-fondateur du groupe, ndlr) au cinéma et dans l’écriture, et moi au travers de différentes collaborations musicales. A la fin de l’été 2016, Bernie et moi on s’est retrouvé et on s’est dit qu’on aimerait fêter les 40 ans de la formation du groupe. Trust a démarré en 1977. On voulait se faire plaisir, en fait. C’est vraiment comme ça qu’on a vu le truc. Ça a été au-delà de nos attentes : les dates ont rapidement affiché complet. En 2017, on a été l’un des groupes les plus programmés en France.
Ensuite, on a ré-attaqué au mois de mai dernier, mais on ne voulait pas rester sur nos acquis. On a eu envie de faire un nouvel album, sans y passer trop de temps. On l’a enregistré dans une salle des fêtes près de Bordeaux (dans les conditions du live, Ndlr) : on a d’abord passé une quinzaine de jours pour composer et mettre les chansons en forme, puis on n’a passé que trois jours pour tout enregistrer. La sortie a été très bien accueillie. En concert, on joue en majeure partie les titres du nouvel album, mais aussi quelques morceaux plus anciens.
Ce qui est surprenant est qu’avant la sortie de l’album, les gens en concert réclamaient tel ou tel titre de notre répertoire. Mais pendant cette tournée, il n’y a même plus de réclamation. Ceux qui ont acheté le dernier album connaissent les chansons et chantent avec nous. L’album plaît et fonctionne bien en live.

JHM : En quoi cet album se différencie des autres ?
N. K. : Chaque album de Trust est différent mais pour celui-là, on a voulu aller à l’essentiel. Revenir à la spontanéité et à la simplicité, avec des morceaux simples et des arrangements simples. Sans overdub et sans retouche. On n’y a passé que trois jours, et il n’y a pas eu de re-pistage. Cet opus est brut de pomme, spontané et tel qu’on est sur scène. Il n’est pas aseptisé. On y ressent la force et l’énergie du groupe.

JHM : Trust est un groupe iconique, mais c’est surtout grâce à la chanson “Antisocial” que les gens vous connaissent. Est-ce que cela vous agace ?
N. K. : Non, à vrai dire cela fait plaisir d’écrire un morceau qui traverse les décennies et les générations. On est pris entre deux sentiments : d’un côté on est fier, de l’autre on est devant un constat d’échec parce que ce morceau contestataire est toujours d’actualité. Depuis 40 ans, certaines choses ont bien évolué, d’autres n’évoluent pas ou régressent.

JHM : Pour cette tournée, vous jouez dans des salles à capacité plus limitée. Pas de Zénith de Paris, ni de Bercy. C’est un choix délibéré de votre part ?
N. K. : Mis à part les festivals où on joue sur de très grandes scènes, on a choisi de jouer dans des salles à taille humaine, et dans des villes où plus personne ne va jouer. C’est parce qu’il y a un contact direct et instantané avec le public. L’ambiance est vraiment différente. On nous a proposé de jouer dans des Zénith ou à Bercy, mais on a refusé. Quand on joue devant 55 000 personnes au Hellfest, c’est flatteur, mais les ondes sont diffusées, il n’y a pas ce contact. Au contraire, là, on peut se retrouver dans certaines salles sans crash barrière, les gens sont juste là, devant nous. Par exemple, on a été dans une salle à Paris où les spectateurs pouvaient quasiment nous toucher les chaussures. Cela illustre vraiment ce réel contact que l’on retrouve dans des salles plus petites.
Propos recueillis par Clotilde Percheminier

Norbert Krief (à gauche) et Bernard Bonvoisin ont été à l’origine du groupe Trust, en 1977. (D.R.)