Né à Choiseul (Haute-Marne), Yves Simon grandit à Contrexéville et s’en va écrire la suite à Paris. Cinquante ans durant, il écrit chansons et romans. Fidèle à ses racines, l’artiste évoque les premières pages de la belle histoire.

Contrexéville, fin des années 50, le fils unique d’André et Yvonne Simon s’imagine pilote de courses quand ses copains se projettent dans l’usine d’embouteillage. « Contrex, c’est le genre de ville où on se dit l’hiver : vivement l’été qu’il se passe quelque chose, qu’on rencontre des filles et quand septembre arrive on se dit l’été est fini et on n’a connu personne. Contrex, c’est la ville de mes premières fois, c’est la ville de mes parents, c’est ma ville, j’y suis attaché pour toujours. »

Yvonne, la maman : « Ma mère était serveuse de restaurant à l’hôtel des Vosges. Une saison, je l’ai aidée au restaurant et j’ai gagné des sous, je me suis payé une des premières guitares électriques extra-plates, quatre micros, vibrato à main. Un Noël, mes parents m’ont déposé une ardoise sur des bottes… Marcher et écrire, finalement, je ne ferai plus que ça ».

André, le papa : « Mon père était cheminot, je voyageais à l’œil. Mon père travaillait sur la ligne entre Nancy et Vittel. En serrant les éclipses des traverses, il rêvait de l’Orient, de la Perse. Un soir, en rentrant du café, mon père me dit : “J’ai entendu un type formidable dans le juke-box, ce serait bien que tu fasses des chansons”. A l’époque, Brassens régnait, on ne connaissait pas Jimmy Hendrix, j’ai laissé tomber la guitare électrique pour une acoustique et j’ai fait des chansons ».

Les Korrigans nancéiens, le groupe : « J’avais monté un orchestre avec le fils du notaire et deux autres copains qui étaient fils d’autres personnes. J’étais le guitariste soliste des Korrigans nancéiens, un orchestre un peu comme les Shadows ou les Beatles, on se produisait au casino devant des gens en tenue de gala ».

Georges Brassens : « J’avais 12 ans, nous étions trois amis, nous nous sommes essayés à la spéléo, l’hiver était glacial mais il faisait chaud sous terre. Morts de fatigue, nous nous sommes retrouvés dans une chambre à écouter de la musique, il y avait un disque de Brassens de 24 cm, nous l’avons écouté en boucle. Sur la pochette du disque : Brassens et sa guitare… Je voulais lui ressembler, c’est lui qui m’a donné envie de jouer ».

Brassens, le concert : « Septembre 1964, j’avais 20 ans, je suis monté à Paris, je logeais dans une chambre de bonne dans le XVIe. Je suis allé voir Brassens au TNP (Théâtre national de Paris). J’ai ressenti des émotions d’une incroyable intensité, des émotions comme celles qui m’ont cloué sur le trottoir lorsqu’en sortant du métro, j’ai vu, pour la première fois, les buildings de New-York, ces émotions que l’on ne ressent qu’à deux ou trois reprises dans une vie ».

Brassens, la rencontre : « Un Revox, un piano, des guitares, des chats… Rue Santos-Dumont, je m’invite dans l’univers de Brassens. En fait, j’avais beaucoup lu sur Brassens, je le connaissais déjà bien. Le franc-parler de ce grand monsieur de la chanson… Inoubliable ! J’ai téléphoné à ma mère, elle était aux anges ».

Brassens, la première partie : « J’étais parti bourlinguer à travers les Etats-Unis en stop et, à mon retour, dans ma boîte aux lettres, une belle surprise : un courrier du secrétaire de Brassens me propose la première partie de son spectacle à Bobino… OUI, Evidemment ! ».

André, Yvonne, les Korrigans, Brassens… A leur époque, à leur façon, ils ont changé la chanson. Aujourd’hui, dans sa résidence parisienne, entre musique et littérature, le compositeur de la musique du film “Diabolo menthe” peaufine son autobiographie pour Flammarion. Son titre provisoire : “Une ardoise et une paire de bottes”.

De notre correspondant Serge Borne

 

Yves Simon. (Photo Ameneh Moayedi).