Le groupe de Christian Vander, qui fête ses 50 ans cette année, sort son nouvel album, “Zëss”, le 28 juin, enregistré avec l’orchestre philharmonique de Prague. La fin d’un cycle mais pas la fin du groupe, selon son fondateur qui vit dans le nord de la Haute-Marne.

“Zëss”, les fans de Magma connaissent sans doute ce morceau, longtemps joué sur scène par le groupe à la fin des années 70 et au début des années 80 mais jamais gravé sur le vinyle et encore moins sur CD, excepté dans les conditions du live. Du moins jusqu’à aujourd’hui. Puisque le 28 juin, Magma, qui fête ses 50 ans cette année, proposera enfin une version studio définitive de “Zëss”.
Depuis plusieurs années, Christian Vander s’est attelé à combler les trous de l’œuvre de Magma en enregistrant les morceaux manquants du puzzle, comme “K.A.” ou “Ëmëhntëhtt-Rê”, compositions venants achever une trilogie jusque-là laissée en suspens. Petit à petit le groupe rattrape le retard. Mais pour Christian Vander, “Zëss” tenait et tient toujours une place à part.
D’abord de par son thème : “Zëss”, comme l’indique son sous-titre, signifie “Le jour du néant”. « Depuis des années, on me demandait d’enregistrer “Zëss”, explique le compositeur. Je disais systématiquement “non”. Et à force de dire “non”, je ne savais même plus pourquoi je disais “non” ! Début 2018, Stella (chanteuse et productrice du groupe) me dit, : “C’est une année sabbatique, c’est le bon moment ! ”, et là j’ai répondu  “oui” sans même réfléchir. Et puis je me suis souvenu pourquoi je disais “non”… Parce qu’après le jour du néant, tu ne peux pas créer grand-chose ! C’est le dernier morceau, quoi ! Jusqu’ici, à la fin de mes compositions, il y avait une ouverture vers autre chose. Or, là, il n’y en avait pas. Il n’y avait pas d’issue. »
Le “Discours du Maître du son”
Christian Vander travaille pourtant sur de nouvelles compositions en parallèle de la préparation de “Zëss”. « Je me disais que j’étais en contradiction avec moi-même. Et puis j’ai eu l’idée libératrice du songe. L’idée que finalement, tout cela n’est qu’un rêve ! » A cela vient s’ajouter une autre difficulté. Christian Vander a égaré le “Discours du Maître du son”, un monologue poétique qui pose les bases du morceau au début de celui-ci. Impensable d’enregistrer sans lui. « Je l’avais griffonné sur une enveloppe à l’époque, quand il m’était venu, et je l’avais perdu ensuite. Je savais que “Zëss” ne serait jamais complet sans cela. Et puis, un jour, un peu dans les mêmes circonstances, il m’est revenu ! ». Le “Discours du maître du son” est donc bien là, augmenté de quelques passages supplémentaires nouvellement écrits et particulièrement bien sentis.
« Le final de “Zëss” n’existait pas non plus , ajoute Christian Vander. Et puis j’ai retrouvé une vieille bande que j’avais enregistrée avec mon vieil ami René Garber. J’ai respecté la façon dont on l’avait joué à l’époque. » Quarante ans plus tard, “Zëss” était ainsi enfin achevé. Pour corser le tout, Stella Vander propose au fondateur de Magma d’enregistrer l’album avec un orchestre symphonique. Ce sera l’orchestre philharmonique de Prague. Un nouveau défi de taille pour Christian Vander : comment confier de la musique jazz-rock à des musiciens classiques ? Cinquante-et-un très précisément. « J’ai fait appel à Rémi Dumoulin pour les arrangements. Je le connaissais bien, on avait collaboré sur une section cuivre lors d’un concert. On a beaucoup travaillé. Il m’envoyait régulièrement les résultats. Je lui ai dit : “C’est ouvert tu peux passer de Messiaen à Coltrane, n’hésite pas. Il faut juste que ça reste dans l’esprit ! »
Le jour de l’enregistrement arrive, et les appréhensions de Christian Vander s’effacent quand il entend pour la première fois les cuivres et les cordes de l’orchestre. Un moment magique pour le musicien. « Il y avait un superviseur qui devait connaître la partition intégralement. Régulièrement, il arrêtait tout le monde en disant “non !”. Et tout le monde recommençait. A la fin de la journée, c’était le chef d’orchestre qui était devenu le plus acharné. Il s’est vraiment pris au jeu. » Le pari est réussi.
« Pour moi, tout est dans “Zëss” »
Dans “Zëss”, exceptionnellement, ce n’est pas Christian Vander, connu pour sa virtuosité rythmique, qui se trouve derrière la batterie. Dès les premiers concerts dans les années 70, le fondateur de Magma préfère se consacrer au chant sur ce morceau dont le chorus est particulièrement exigeant. « C’était une vraie question. Je ne savais pas vers qui me tourner. » Le nom de Morgan Agren, batteur suédois de renom et grand amoureux de Magma surgit et s’impose comme une évidence. Au piano, c’est Simon Goubert, ancien compagnon de route de Christian Vander (notamment au sein du groupe Offering) qui recroise la route de Magma le temps d’un album. Résultat, un disque de 37 minutes et 57 secondes, très exactement qui transfigure littéralement l’œuvre originale. « “Zess”, c’était pour moi l’aboutissement de tout », explique Christian Vander. « Ça termine un cycle, depuis le commencement, depuis le début de Magma. Pour moi, tout est dans “Zëss”. » A l’écoute de la version finale du disque, dans son salon, Christian Vander confie avoir versé « une petite larme », ce qui en dit long sur l’importance de cette pièce musicale à ses yeux et sur sa satisfaction quant au résultat final, lui d’habitude si intransigeant sur le rendu de sa musique.
La fin d’un cycle, certes mais pas la fin de l’histoire. Sur le piano joinvillois de Christian Vander tournent encore de nouvelles mélodies. Et, comme toujours, l’influence du jazzman de génie John Coltrane, n’est pas loin. « Je suis tombé récemment sur une archive concernant John. On lui demandait de définir sa musique et il a dit : “Ma musique est multidirectionnelle”. Ça a raisonné en moi. J’y viens. Ce n’est pas une musique qu’on écoute de façon linéaire. Là, j’imagine des voies différentes avec des sensations différentes, presque d’apesanteur, que j’ai pu vivre en écoutant sa musique. On se laisse emporter par tous les rythmes à tel point qu’on se sent comme la tête en bas ! ». Un peu comme à la sortie de l’écoute de “Zëss”, en réalité…
Fr. T.

Le jour du néant
« “Zëss”, le nom lui-même, est acéré comme une lame, effilé comme une entaille, furtif comme la course d’un météore. Si l’inspiration qui habite “Zëss” vient du fond des âges, une première ébauche se dessine en 1977. Peu à peu complété, le morceau sera joué une première fois en concert au printemps 1979, puis constituera l’une des pièces maîtresses du répertoire de Magma jusqu’à sa mise en sommeil en 1983. » C’est ainsi que Seventh records, la maison d’édition de Magma décrit le nouvel album du groupe. « Alors que la musique semble naître de la nuit pour la transfigurer, les premiers accords s’étalent dans des lueurs d’aube, puis se lèvent tels de grands contre-jours. Leur orbe dessine déjà l’ovale d’un stade antique posé dans le noir sidéral, immense arène céleste qui résonne de toutes les voix de l’univers. Car tous s’y sont donné rendez-vous pour une célébration ultime : celle du Jour du Néant. »
Les habitués de l’univers quasi mystique de Magma ne seront pas dépaysés avec ce nouvel opus dont l’introduction est l’une des plus épiques que Vander n’ait jamais composées. Mais il ne s’agit pas non plus d’une pièce musicale sinistre comme pourrait le laisser penser sa thématique. Bien au contraire. La lumière jaillit régulièrement des violons et des cœurs tandis que la rythmique tourne en spirale à l’infini. L’orchestre philharmonique de Prague vient envelopper le tout. Le mixage est subtil, les cordes et les cuivres sont toujours là, tantôt discrets, tantôt puissants mais toujours au service de la musique de Vander. L’orchestration de Rémi Dumoulin fait des merveilles sur un tempo un brin plus lent que celui que l’on connaissait, notamment sur l’enregistrement de “Zëss” à Bobino en 1981. Le final, entièrement nouveau, est une belle surprise qui vient redonner des couleurs aux fameux “Ôm” qui terminaient jusqu’ici la composition.
“Zëss” vient rappeler, quatre ans après le dernier album de Magma, que Christian Vander est loin d’avoir encore tout dit, si certains en doutaient encore, et vient se placer directement au panthéon des meilleurs disques du groupe. Et on lui dit “merci”.

Une tournée mondiale
26 juin 2019 : Paris, 
La Philharmonie de Paris.
2 juillet 2019 : 
Lyon, festival 
Les Nuits de Fourvière 
16 juillet 2019 : 
Juan-Les-Pins, festival Jazz A Juan.
16 août 2019 : 
Saint-Nolff, 
Motocultor-festival.
20 septembre 2019 : Tokyo (Japon), 
Shibuya WWW.
21 septembre 2019 : Tokyo (Japon), 
Ex Theater.Discograph
22 septembre 2019 : Osaka (Japon), 
Sankei Hall Breeze.
4 octobre 2019 : Londres (Royaume-Uni), Islington Assembly Hall.
13 octobre 2019 : 
Gateshead 
(Royaume-Uni), 
Tusk festival.
17 octobre 2019 : Berlin (Allemagne), Kesselhaus.
18 octobre 2019 : Bruxelles (Belgique), 
Le 140.
19 octobre 2019 : Francfort (Allemagne), Batschkapp.
31 octobre 2019 : 
Stockholm (Suède), Fasching.
1er novembre 2019 : Stockholm (Suède), Fasching.
2 novembre 2019 : Göteborg (Suède), Brewhouse.
3 novembre 2019 : Oslo (Norvège), Cosmopolite.

Discographie
1970 : “Kobaïa”.
1971 : “1001 Centigrades”.
1973 : “Mekanïk Destruktï Kommandöh”.
1974 : “Urdah Ïtah” (bande originale du film “Tristan et Iseult”).
1974 : “Köhntarkösz”.
1976 : “Üdü Wüdü”.
1978 : “Attahk”.
1984 : “Merci”.
2004 : “K.A”.
2009 : “Ëmëhntëhtt-Rê”.
2012 : “Félicité Thösz”.
2014 : “Rïah Sahïltaahk”.
2015 : “Slag Tanz”.
2019 : “Zëss”.